C’était notre idée au commencement, à Catherine et moi, d’aller saluer George en son domaine de Nohant, de visiter sa maison, partager une journée particulière qui saurait nous relier longtemps entre écriture et paysages. Et nous l’avons fait… une bonne heure de route depuis Les Fougères, distance acceptable en dépit de la chaleur annoncée. Et ça valait la peine.

Le lieu est beau, la situation — environ 250 ha de domaine du temps de sa grand-mère Mme Dupin de Francueuil. –, les bâtiments, la pierre.
La visite du château commence par les cuisines où rien ne manque : cuivres astiqués, fourneau dernier cri, table cirée, cloches reliées aux chambres. George Sand employait une dizaine de gens de maison, allez savoir combien de jardiniers. Elle mettait un point d’honneur, nous explique-t-on, à se charger de l’instruction de son personnel, leur enseignant le lire et l’écrire.
En traversant la salle à manger aux célèbres convives, il est vite question de ses habits d’homme, de son engagement pour le droit des femmes (je note quelques sourires chez certains visiteurs) et de sa lutte contre les préjugés conservateurs. Dans le salon de lecture et de musique, la place du piano à queue de Chopin nous est précisée ainsi que son contrat avec Pleyel qui lui fournissait l’instrument partout où il allait.



Je n’ai pas tout retenu des propos de notre guide, l’histoire familiale est assez compliquée et ses amours nombreuses, mais je me suis laissé surprendre par la dépossession qu’elle a subi suite à son mariage avec le baron François Casimir Dudevant, avocat à la cour royale, bien plus intéressé par ses biens que par ses qualités. Bien longtemps elle eut à regretter cette union, contractée sous la pression de sa mère le 17 septembre 1822, qui allait l’enfermer dans une condition de vassale. Non sans peine elle reprendra son indépendance, séparation finalement prononcée en sa faveur en 1836 par le tribunal de La Châtre.
À l’étage, enfilades de chambres avec mobilier et souvenirs, bureaux, cabinets de curiosités archéologiques, appartement du musicien, scène de théâtre et marionnettes (en fait je ne sais plus très bien… c’était plutôt en rez-de-chaussée). N’importe, il ne me déplaît pas que les éléments se déplacent et créent un ordre nouveau dans mes propres chemins de mémoire.


Ce qui m’a touchée plus que tout, ce sont les jardins où se mêlent romantique et vivrier et le petit bois où se perdre.
Un hectare — sans doute un peu plus — entouré de hauts murs en pierre. Roseraie, potager, treilles luxuriantes, verger de pommiers, espaces en friche, longue allée bordée d’espèces vivaces. Partout, des petits bancs pour contempler et des textes à méditer. On pourrait y demeurer longtemps.
Il m’a manqué les animaux. Ils devaient être nombreux à l’époque : chevaux (sa fille montait), bovins, porcs, basse-cour. Je crois qu’elle avait une affection particulière pour les poules.



Les images ont filé à travers la mémoire avec le poids de la chaleur et de la fatigue. Le lendemain et les nuits à suivre, elles émergent à nouveau en moi et suscitent des émotions plus fortes que lors de la visite. En même temps je les sens comme amincies, dépouillées de l’inutile. Plus nettes encore.
J’entreprends de fouiller un petit moment les écrits de notre dame de Nohant, en particulier ses lettres à Flaubert, et m’amuse du fait qu’elle l’appelle « mon cher vieux » !
(Correspondance entre George Sand et Gustave Flaubert)
En 1847, elle écrit :
« Je ne pense pas qu’il y ait de l’orgueil et de l’impertinence à écrire sa propre vie, encore moins à choisir, dans les souvenirs que la vie a laissés en nous, ceux qui nous paraissent valoir la peine d’être conservés… je me suis toujours promis de ne pas mourir sans avoir fait ce que j’ai toujours conseillé aux autres de faire pour eux-mêmes : une étude sincère de ma propre nature et un examen attentif de ma propre existence. » (Histoire de ma vie)
Le cimetière familial est tout proche de la roseraie. Elle y repose avec pour compagnie l’ombre d’un grand if et de nombreux chants d’oiseaux.


Photographies©françoise renaud, juin 2026
Merci à Catherine pour sa douce compagnie en cette journée
chez notre grande sœur George en Vallée Noire.
Pour finir et pour avoir une petite idée de l’organisation des jardins…

1 – la cour d’honneur / 2 – la roseraie / 3 – le cimetière familial
4 – le potager / 5 – le verger de pommiers / 6 – le petit bois
7- l’ile / 8- le pavillon « Flaubert », entrée du domaine
9- le jardin des cèdres / 10- le jardin des chênes / 11 – la cour de ferme