L’AUTRE VERSANT DU MONDE

roman
CLC éditions, 2009

« Voyager en Inde ébranle des émotions jamais connues. Celles qui m’ont habitée lors d’un séjour à Vârânasî (Bénarès) sont à l’origine de ce livre.
Le Gange, cette sensation d’éternité.
La musique m’a servie de fil conducteur, faisant naître le récit à la façon du fleuve qui entraîne les eaux des glaciers jusqu’au delta. »

couverture L'Autre versant du mondelire ARTICLES DE PRESSE

icône sonCHRONIQUE DES LIVRES de Djilali Bencheick
pour Radio Orient

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

« Étrange comme elle se sent détachée de ce qui a constitué jusque là le courant de sa vie. Toute menace semble levée. Et elle marche. Elle marche dans le bazar de Chandni Chowk, somnambule au pays des négoces et des citadelles rouges, soumise à la marée des hommes et des bêtes qui la trouble et l’emporte, en même temps estompe les souvenirs et les maux qui d’ordinaire rongent le cœur des mortels.« 
Une femme accompagne son mari en Inde pour un voyage d’affaires. Ni l’un ni l’autre n’imagine ce qui les attend.
D’abord il y a le pays. Tout y est si différent, si intense. Au cœur des cités millénaires, le temps inverse son cours au point de les surprendre — surtout elle. Et puis il y a l’histoire personnelle. Aux racines sacrées de l’Inde, la nature des âmes se dévoile, désirs et frustrations finalement portés au devant de la scène.
Françoise Renaud a choisi la musique en contrepoint. Mari Boine, chanteuse du Grand Nord, et Bismillah Khan, hautboïste du Gange, secrètent à mesure des pages un sentiment d’eau et de poussière, une litanie ardente qui demeure bien au-delà du voyage, comme rescapée du tamis des mémoires.

Illustration de couverture :
huile sur toile, Frédéric Plumerand

EXTRAIT

La nuit les rattrape sur le chemin du retour alors que s’allument ci et là des cantines et des petits comptoirs, lieux de rendez-vous pour ceux qui bivouaquent entre ciel et terrains vagues. La pénombre fait oublier la maigreur des corps, la poussière, le délabrement des bâtiments. Côte à côte ils marchent en silence vers l’hôtel. Entre eux, la bravade du bazar telle un meuble au milieu du passage.
À les voir arriver, le portier se remet d’aplomb avec empressement. Un empressement strictement accordé au pourboire qu’il convoite pour la fin du séjour, commenterait Jo.
Silence toujours.
Alors qu’ils atteignent le seuil de la chambre, Jo annonce qu’il lui faut revoir son intervention pour le colloque et passer des coups de fil. Elle lui abandonne l’usage de la chambre et s’installe sur la Longtemps elle reste là sans rien faire, nuit tombée, cri des corbeaux au-dessus du fortin nouvellement chevillé à sa mémoire.

L’expérience indienne, pense-elle, ressemble davantage à un butin extorqué dans la fièvre qu’à un gain mérité dans la mesure où elle se nourrit directement de la foule, de l’observation des ombres assises sur leurs talons contre les façades ou couchées à l’abri des colonnades, au beau milieu des champs de terre, ombres revêtues de cendres et investies des souffrances de leurs parents et de leurs aïeux, parfois dansant au gré des violons qui se plaignent en des tessitures si aiguës qu’ils donnent à frissonner aux personnes qui n’en ont pas l’habitude, décrivant l’éternelle blessure des vivants.
Oui, en un même lieu et en un même instant, l’Inde offre en spectacle tous les états éprouvés par les créatures humaines depuis le commencement des temps.

 

octobre 2010 – EAN : 9782846590662
240 pages – 18,50 €

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