FEMMES DANS L’HERBE

roman
éditions AEDIS, 1999

 

« Ma grande-tante Angélique m’a inspiré cette célébration du grand âge. Elle est partie en 2005, elle avait presque 107 ans.
Je revois sa silhouette robuste, éternellement chaussée de sabots, cheminant avec sa canne dans les jardins embaumés par l’été. J’entends encore sa voix bourrue qui raconte des histoires très anciennes. »

 

couvcouverture Femmes dans l'herbe

 lire ARTICLES DE PRESSE

QUATRIÈME DE COUVERTURE

« Pareille au vent dans une pièce d’herbe, la vie a couru à travers mon corps large.
Longtemps.
Jusqu’à le mûrir, le fatiguer. Jusqu’à ruiner les traits qui composent ma face. D’ailleurs elle court encore, par habitude. Elle est faite de joies, de rancœurs, d’instants de grâce ou d’infortune, mais on ne la voit pas. La vie n’a pas de couleur. N’est rien qu’un souffle qui cingle et fait ruer le sang selon l’heure et l’humeur. »

La lumière par-dessus le pays… La terre, âpre et nourricière… Enfin, la femme solide et bien vivante.
Un portrait s’élabore au gré d’une rencontre et des mouvements de l’herbe.

 

EXTRAIT

À présent j’en suis sûre, c’est à partir du jour où Marie-Lys s’est placée en travers de ma piste que mon esprit s’est chambardé. Des images sont revenues de l’arrière de plus en plus nombreuses, ont pris leurs aises, cherchant à m’éprouver après avoir dormi en moi. Un bavardage les accompagnait comme un bruit de rucher.
Peu après la rencontre des Grands Jardins, il arriva un petit événement que je dois rapporter parce qu’il me déconcerta.

J’étais en train de déployer un drap à la surface de mon grand lit. Une gerbe de lumière entrait par la fenêtre ouverte. Puis glissait sur les plis d’étoffe avant de traquer les recoins ténébreux de la pièce, de rebondir à la surface des meubles. Quelques oiseaux promenaient leurs gorges rouges aux abords de la treille. De temps en temps je pouvais les surprendre depuis l’embrasure car j’œuvrais lentement. Mon corps de vieille prenait son temps. Mes doigts passaient et repassaient par-dessus les pliures, ces marques de long séjour à l’abri de l’armoire, pour profiter de la trame et goûter la fraîcheur du lin. J’étais presque à plat ventre lorsque l’odeur survint.
Étais-je toquée, dérangée, pourtant c’était bien l’odeur de l’homme. Pénétrante, légèrement écœurante. Je ne pouvais m’y tromper.
Elle avait dû s’éveiller à cause de la fenêtre ouverte. Rien qu’un peu d’air glissé dans la maison qui l’avait délogée, puis entraînée jusqu’à ma goule. Oh quelle humeur si bonne si familière, tapis de fougères rousses après la pluie battante. Je l’avais happée, humée, poursuivie, mais telle une couleuvre enfilée dans son trou de rocaille au premier bruit, elle s’était dérobée. Ensuite j’avais eu beau tourner la tête, fouiller, renifler chaque petit morceau d’air, il ne subsistait qu’une odeur de laine et de poussière au voisinage du lit défait.

J’étais restée avec la pensée de l’homme. Une espèce de rumeur dans la poitrine. Un pincement aigre.
Tout ce que j’avais enduré à cause de lui. Lui, mon défunt, mon bonhomme. Franchement je ne pouvais pas dire qu’il me manquait, plus de trente ans qu’il était parti.

 

novembre 1999 – EAN : 9782842590925
160 pages – 11,50 €

pour commander