AUJOURD’HUI LA MER EST BLANCHE

roman
éditions AEDIS, 2000

« J’ai placé l’océan au centre du tableau. Sa présence a rythmé la vie intime des personnages qui se sont annoncés, postés sur le rivage en train de contempler la vague ou dessiner le rocher. Ses humeurs ont exacerbé leurs sentiments, influencé leur devenir.
Des histoires de chez moi. »

 

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QUATRIÈME DE COUVERTURE

« Quoi de commun à ces deux silhouettes imprudemment avancées au bord du vide, homme et femme, vieillard rongé et fille pâle, sinon la passion pour le paysage de mer : masses noires déchiquetées sous des cieux de plomb, orages et lumières violentes, vagues insensées, reflux emportant vers le large les cadavres d’hommes et de mouettes pour les ensevelir dans d’épais sédiments ou des coulées de lave. Sinon toute leur vie secrète affleurant à la gorge. Sinon leur extrême solitude. »

Maurice et Lucie évoquent tour à tour l’expérience de l’amour qui a bouleversé leur vie : fascination, frissonnements, visions. Plus qu’un élan l’amour est un voyage.

Toujours la mer, pas loin, qu’on devine blanche et mouvante.

EXTRAIT

Dans son rêve le plus beau Maurice la voit, jeune fille recueillie dans sa prière. Il la voit à genoux au milieu de la nef glaciale, fichu de laine noué sous le menton.
C’est le plein hiver.
Dehors le vent siffle.
Tous les deux entendent son froissement contre les hauts vitraux et ils s’inquiètent. Ils savent que ce vent vient du large et soulève en mer d’incroyables lames qui renversent les barques et avalent les hommes d’équipage, soudain ils se sentent seuls au milieu des gens qui prient. Sans doute qu’au lieu de baisser les paupières et de prier pour le salut des âmes en péril dans le gros temps, elle cherche sa silhouette d’homme près du pilier où elle sait qu’il se tient d’habitude. Un élan irrépressible l’y oblige. Comme il ressent sur lui le poids de ses yeux doux, il tourne la tête vers le chœur et il l’aperçoit en train de le chercher. Il découvre un fragment de sa joue, puis la courbe pâle de sa paupière. Il voudrait se détourner, s’arracher d’elle parce qu’il se sent nu. Il ne peut pas. Il ne réussit pas à bouger quand bien même il veut retendre le lacet défait de sa botte et il n’en revient pas.

Un instant leurs regards se pénètrent. Interminable.

Il se sent capturé, il tremble. Une sensation bien plus déroutante qu’un désir pour le corps d’une fille belle.
Tout de suite après il ne songe plus qu’à choyer ce visage qu’il a entrevu, à y poser les mains, à devenir son amoureux.

Cet instant unique compose le rêve de Maurice. Il a probablement eu lieu l’un de ces jours où l’air est si dense, si violent que les sens déraillent et que la faim déverse mille visions magnifiques dans les corps impatients de crever leur enfance. Malgré le froid son sexe s’était durci et son front brûlait. Il envisageait le bonheur pareil à un champ de blé tendre ondulant sous la brise, à une immensité de lande bordée par une immensité de mer.
Cet instant rare a transformé sa vie. Il vibre depuis dans son âme comme un joyau, comme une lumière rouge au fond d’un sanctuaire.

 

ocotbre 2000 – EAN : 9782842591090
206 pages – 12,20 €

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