ASSIS SUR LA FALAISE

récit
CLC éditions, 2003

gravures, Alain BAR

 

« Un jour j’ai perdu un ami.
L’événement a poussé la chaleur hors de mon corps et m’a laissée sans voix. Et il a fallu que les mots reviennent, emplissent ma bouche pour qu’à nouveau le sang remue.
Ces mots, je les ai laissés couler sur la page. C’était là ma tâche : les écrire, plus tard les dire à haute voix afin que le son fasse cesser le vertige lié à l’idée de notre mort. Ainsi j’ai voulu ce livre, étincelant dans le silence.

 

couverture Assis sur la falaise

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QUATRIÈME DE COUVERTURE

Les traits d’un personnage se dessinent peu à peu à travers le monologue qui lui est adressé. Champion d’arts martiaux, athlète guerrier des temps modernes, il venait de connaître la gloire. Il demeurait pourtant insatisfait et quêtait l’absolu avant de disparaître tragiquement.
À phrases longues et pénétrantes, la prose de Françoise Renaud nous raconte la beauté et la solitude d’un homme, sa destinée singulière – marquée dans les étoiles –, l’empreinte qu’il a laissé dans le cœur de ceux qui l’ont connu ou simplement croisé.

 

EXTRAIT

Je crois savoir qu’à la fin tu n’en pouvais plus de sortir les corps des monceaux de ferraille, visages livides, tant de sang répandu, organes et ossements broyés, je crois savoir que tu rêvais d’atteindre les pics immaculés qui dominent la plaine indienne et de courir vers eux recouverts de soleil à devenir léger, courir à t’enivrer à cause de l’altitude, décoller presque à force de courir dans la neige et de lutter contre les vents himalayens, une fois je l’ai vue cette barrière de rocher, elle est si haute qu’elle dépasse les nuages comme une dentelle étincelante et elle paraît si blanche, quasi infranchissable, je suis persuadée qu’en la découvrant tu aurais senti ton dos vaciller, pour ça forcément tu aurais dû lever les yeux tout en suivant le cours d’eau au fond de la vallée, un peu de ce bonheur inouï que tu cherchais depuis longtemps, ce vacillement de monde dans la lumière matinale, cet éblouissement, oh si bouleversante la blancheur de la neige au-dessus de ta tête, tu te serais assis sur le rocher, sur la falaise face au paysage pour reprendre ton souffle et tu aurais regardé les femmes qui travaillaient dans les champs de légumes, tu leur aurais souri quand elles seraient passées à ta portée avec leurs bouquets de carottes, leurs fagots d’herbe sur les épaules ou sur la tête, les femmes des hautes vallées ont un sourire éclatant malgré la misère, des petites femmes toutes simples qui ne veulent que des choses simples et qui se feraient tuer pour leurs enfants, mères toutes jeunes elles savent se pencher par-dessus la terre sans se plaindre et elles montrent volontiers du doigt à l’étranger qui passe le bon chemin à suivre pour atteindre le col, ainsi auraient-elles fait avec toi, à les croiser de près tu aurais apprécié leur beauté – comment rallonger ce moment, oui, le rallonger encore un peu afin qu’il se répercute à l’infini comme un cri sur une paroi de pierre–, pour finir elles auraient paru si étrangement minuscules à côté de toi quand tu te serais levé qu’elles auraient pouffé de rire en montrant leurs dents rougies par le bétel et en plissant haut leurs pommettes, dissimulant bien vite leur visage en arrière de leurs mains.

 

LECTURE CONCERT par le duo VOYAGES IMMOBILES

spectacle à deux voix et en cinq mouvements
avec Françoise Renaud (textes et voix)
et Frédéric Tari (compositions et violon)

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novembre 2001 – EAN : 9782746590150
96 pages – 15,00 €

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