ganivelles

Toujours nous progressons à bonne cadence, lui poussant sur son bâton, moi réglant mon pas au sien. Le vent est comme bête folle. Il jette en travers de nos poitrines quantité d’odeurs et d’embruns, nous contraint à ouvrir la bouche pour respirer. Par intermittences une bruine froide cingle nos visages. J’espère qu’il prend plaisir à cheminer en ma compagnie sur ce sentier qu’il emprunte seul depuis la mort du chien.

Bientôt le paysage se fait plus sauvage encore – glauque de la mer, acéré du rocher – et si impressionnant qu’il nous ramène aux temps où il était jeune, aux temps d’avant les congés payés et les pétroliers géants. Il évoque les bandes de marsouins qui croisaient  alors dans la baie. Il hoche la tête, presque étonné de s’en rappeler, puis s’interroge sur l’efficacité de ces palissades nouvellement installées, censées protéger ce qui reste de flore littorale des hordes d’estivants incontrôlables.

– Ça va trop loin maintenant, y’a plus de respect pour rien. La terre, elle ne voudra plus guérir.

Extrait du roman ‘Le regard du père, éditions AEDIS, 2006
Photographie : Ganivelles
– ©FR

3 réflexions au sujet de « ganivelles »

  1. Ganivellles !! j’aime ce mot que je ne connaissais pas!!(moi qui me vantais imprudemment, mais seulement intérieurement d’avoir du vocabulaire !) léger comme ribambelle… un petit air gavroche qui va si bien à ces modestes palissades…
    Leur utilité ? oui, peut-être peut-on se poser la question, en tous les cas elles sont jolies en photo et puis elles endiguent un peu le pas irréfléchi des promeneurs… un joli petit rappel à l’ordre et à la fragilité de ce qui nous entoure.

    Que de changements de regards au cours d’une vie de bientôt 90 ans…

    1. Je tiens ce mot de mon père et je n’ai pas vérifié s’il existe dans le dictionnaire !
      On décidera donc qu’il désigne ces barrières qui habillent la côte sauvage depuis quelques années – dérangeant pour ceux qui l’ont connue au naturel -, mais qui avec le temps se délavent et se tordent pour finalement se confondre au paysage.

  2. Ganivelle
    Mot oublié qui resurgit de ma mémoire
    Mot présent dans le Larousse universel de 1922 mais absent du Grand Larousse encyclopédique de 1962 et de toutes les éditions suivantes.

    Mot de l’enfance, utilisé par mon père et qui a un double sens.
    La première acception est : douve (ou douelle )pour petit tonneau; mot présent dans le Larousse 1922 et utilisé par mon père qui était tonnelier.
    La seconde acception,celle de mon père, absente du dictionnaire :clôture à base de matériaux végétaux(châtaigner fendu et genêts entrelacés ou de tout autre branchage)qui marque la séparation d’un même territoire. Servait surtout à colmater une brêche dans une une haie et destiné à emprisonner le bétail au pacage et aujourd’hui à protéger les dunes.

    Mot de chez nous chère Françoise que je redécouvre avec nostalgie. Mot qui flaire bon le vent des prairies et les odeurs marines.

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