
Une histoire d’espaces partagés, de corps qui se touchent.
Une histoire de bras qui protègent.
Quel que soit le pays, la femme — mère ou grand-mère — déploie son attention tel un filet autour du petit. Sa douceur plane sur lui, ombre bienveillante, cendre d’amour. Toi le petit tu ne te rends compte de rien, tout ça te paraît bien normal. D’ailleurs tu marches à peine tout seul et tu tombes souvent à cause du tangage. Mais tu es sacrément entêté, ça se voit sur ta frimousse, tu te relèves, repars à la bataille, échappes aux bras le temps d’une folle exploration à travers la cour poussiéreuse où s’ébattent cochons noirs et volaille. De toute façon tu pourras y revenir sitôt qu’un danger s’annoncera ou que la fatigue viendra.
Ton visage : bouche butée, yeux froncés.
Tu te méfies drôlement de celui en train de te photographier et tu as bien raison. C’est un passant venu d’un autre monde, un voyageur qui chipe l’image des gens. Tu le sens, ça t’agace. Qui sait ce qui pourra bien te voler de ton esprit, de ton avenir ?
Ta grand-mère ne se méfie pas, toute à la joie d’exhiber l’enfant si gracieux. Elle tient ta main dans la sienne, la presse. Un geste élémentaire qui rend sa journée légère.
FR© – tous droits réservés
Illustration : « Carnet de voyage n°2″, Elisa Fuksa-Anselme (impression numérique 18×24 sur Papier Hahnemühle Matt Fine Art 188 gr)
mai 16th, 2012 | 3 Comment
Category: corps, famille, quotidien, voyage | Tags: bras, enfant, grand-mère, mère, protéger

(puisé dans mon carnet de notes, printemps 2012…)
Certains arbres acceptent la taille et demeurent confinés des années durant dans de maigres pots. C’est le cas de mon érable, rien ne l’empêche d’épancher sa pourpre au printemps. On dirait même que la contrainte le sublime, le pousse à la perfection. Ça pointe d’abord de minuscules boutons sur le bois qu’on croit mort, et puis ça croît d’heure en heure, devient petites ailes de papillon. Le rouge s’empare du lot, domine le patio.
Profiter, profiter, ça ne dure qu’une grosse semaine. Pourquoi donc faut-il qu’ensuite ça vire au vert ?
J’aurais adoré jouir de cette force flambante tout au long de la saison, si bien assortie aux rideaux.
Photographie : ©FR, 2012
mai 8th, 2012 | 2 Comment
Category: arbres, mes photographies | Tags: arbre, érable, printemps, rouge

Approcher ces figures comme autant de rencontres.
Noter la douceur dans le dessin des fronts, dans la courbe des joues. Une douceur infinie au point qu’on voudrait approcher la main pour l’éprouver en vrai. Même douceur dans les postures, dans la façon de croiser les mains — si gracieuse l’articulation des poignets —ou de plisser les yeux. Repérer aussi cette forme de bouche incurvée et retroussée aux commissures, ce charnu de la paupière qui se rabat en ourlet vers la tempe.
En arrière-plan les paysages ondulent : lacs d’eau pure, rizières en paliers, pagodes dorées au coucher du soleil. Partout une houle végétale constituée de tous les verts et de tous les jaunes du monde.
Texte extrait de ‘Asie, figures secrètes’, CLC éditions, 2007 - FR©
Photographie de Violette Dougados-Morais, Cambodge
mai 1st, 2012 | 2 Comment
Category: quotidien, voyage | Tags: Cambodge, portrait, voyage

L’homme occupe le centre du paysage. Tout est calme. La nature du monde l’étreint. Il ressent la profondeur du ciel. Et, au-delà, le cosmos.
Sa silhouette paraît minuscule, c’est vrai, pourtant c’est lui qui regarde.
Mer sombre.
Blanc coquiller du sable au premier plan.
Subtils dégradés de bleus gris beiges depuis l’horizon jusqu’au cœur du ciel.
Sans doute que cet homme médite, qu’il a envie de prendre la mer, qu’il attend la nuit ou l’imprévisible transformation des nuages. Son corps oscille au fil de la marche. Il s’arrête, contemple, déchiffre la surface de l’eau, goûte l’instant, puis repart en suivant scrupuleusement le bord de la petite vague. A son gré. Il marche. Il contemple. Et, par son simple regard, prête existence aux choses.
Souvent nous marchons ainsi au fil de la mer.
La mer nous attire tous dans bien des situations, elle réconforte, permet à l’esprit de divaguer alors que le corps est occupé par le rythme lent du pas.
J’ai un réel penchant pour ces toiles de Caspar David Friedrich où l’être humain devient la conscience du paysage. Le peintre semble avoir mobilisé ses forces d’une façon nouvelle, sa main est pure, transcendée par la puissance d’une vision intérieure.
Monk by the sea, Caspar David Friedrich,1809-1810 (huile sur toile, 110 x 172)
avril 19th, 2012 | 1 Comment
Category: mer, peinture | Tags: ciel, littoral, mer, silhouette

[...] La pierre, omniprésente — éboulis, pierriers, dômes ventrus, falaises ruinées, chaos polis déversés dans le lit des torrents. Nécessaire de la gravir ou de la dévaler pour progresser.
La pierre, figée ou instable.
Pigmentée, fissurée, moussue.
Parfois blocs dressés pareils à des menhirs ou égarés à mi pente. Parfois simples cailloux roulés au bord des drailles. Et puis ces mêmes cailloux assemblés en clôtures, escaliers, bancels pour soutenir les terrasses. Ou encore taillées en bornes, tombes, petits sanctuaires qui rappellent les chortens tibétains.
Le voyageur croit à des zones sauvages.
En vérité des hommes ont vécu là depuis le néolithique, élaborant à l’appui d’éperons rocheux des fortifications primitives bien avant la conquête romaine. Les constructions visibles sur les versants semblent avoir été engendrées par le lieu même : fermes, mas, chazelles, fours à pain, clèdes à sécher les châtaignes.
En pays cévenol les hommes ont contribué de tout temps à façonner le paysage. Une autre forme de nature. [...]
Extrait du roman « Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages« , © FR 2008
Photographie © FR
avril 11th, 2012 | 1 Comment
Category: extraits de mes romans, mes photographies, nature, paysage | Tags: Cévennes, civilisation, mur, pierre

Je n’ai encore jamais parlé de ce petit animal qui habite chez moi depuis que je l’ai trouvé endormi un matin de novembre sur mon paillasson. Il avait choisi la place, pas de doute, avait apprécié ce jardinet suffisamment sûr et écarté des voies passantes pour en faire un lieu de sommeil, voire plus si affinités. On avait dû le chasser. Il était craintif et maigre, il n’avait pas deux ans.
Je n’avais pas connu de chat avant lui, du moins de façon proche, et je me suis étonnée de la grande douceur de sa robe, du silence de son déplacement.
Petit lynx. De type tigré et de sexe femelle, colliers et longues lignes sur la tête, yeux maquillés aux iris verts dont on ne sait ce qu’ils contiennent quand ils vous fixent insistance et sérieux.
Cette chatte a conquis son espace dans divers lieux de la maison, réquisitionné les coussins à son goût. Au fil de son bonheur, elle a développé un vocable pour bien se faire comprendre. Une chose qu’elle adore : faire glisser mes crayons jusqu’au bord de la table et griffer mes papiers.
à mon amie Denise…
Photographie : FR© – 2010
avril 2nd, 2012 | 5 Comment
Category: mes photographies, quotidien | Tags: bureau, chat, compagnie, lynx, paillasson

[...] Outre les bâtiments, il y a les arbres.
Et rien ne paraît ressembler davantage à un arbre qu’un autre arbre. Pourtant certains se distinguent en lisière de l’eau par leur position insolite et leur air tourmenté, et ils nous impressionnent bien qu’on ne sache pas grand chose de leur histoire. On imagine qu’ils ont germés là par hasard, ou alors qu’ils ont été plantés il y a longtemps en groupe ou en rideau dans l’intention de protéger des vents d’ouest. En tout cas on comprend que ces arbres se sont nourris pendant un temps considérable des turbulences, du chevauchement des vagues et des blancheurs de ciel pour devenir aussi puissants en dépit du sol âpre et acide, peu attrayant en matières nutritives qui leur était proposé.
J’ai interrogé quelques anciens à propos de l’âge de l’un ou de l’autre, mais ils n’ont pas su me répondre. Il semble qu’ils les aient toujours connus, ce qui n’est pas difficile à croire.
Extrait d’un travail en cours, autour du Pays de Retz (Bretagne Sud)
Photographie : © Françoise Renaud
mars 19th, 2012 | 0 Comments
Category: arbres, mes photographies, mon pays | Tags: arbre, pays de Retz

Au silence des ghâts, Vârânasî (India) – ©FR
mars 9th, 2012 | 0 Comments
Category: Inde, mes photographies, solitude | Tags: Inde, pierre, Varanasi

[...] Page trois du cahier.
Sans doute l’astre est-il plus haut que la veille d’une heure ou deux.
Lucie a commencé à observer la zone luisante à son aplomb, puis d’autres régions où les lueurs obliques levaient mille petites langues d’argent. Elle aurait bien voulu en exprimer la poésie mais le jour grandissait, inexorable, et la moirure se modifiait sans cesse. Très difficile à saisir avec des instruments à tracer ou à peindre.
Alors elle a oublié la lumière et s’est intéressée à la couleur.
Rien qu’à la couleur : or, blanc, bleuté, argent, fer-blanc. Elle a étudié avec application les nuées de coton, les vagues insignifiantes, l’ourlet plus foncé de l’île, là où il devient lèvre épaisse. Et puis la blancheur est entrée par les pores de sa peau, la blancheur a écarquillé les orifices de son visage ainsi qu’une émotion, une odeur de marée. Porter les yeux sur la mer l’a finalement ramenée à ce qui la consume.
Maintenant elle pense à son amour perdu [...]
Extrait du roman Aujourd’hui la mer est blanche, éditions AEDIS, 2000
Ile d’Yeu, encre de Jeanine Gilles-Murique
mars 2nd, 2012 | 4 Comment
Category: Gilles-Murique, autour du blanc, extraits de mes romans, mer | Tags: Jeanine Gilles Murique, mer
Voici le dernier texte du premier mouvement que j’ai appelé ‘LA TRIBU’.
Le prochain mouvement ‘UN CERCLE PLUS LOIN’ sera composé de six portraits et d’un paysage. Il sera publié d’ici quelques semaines.
Née comme ça

(on cherche désespérément la bouche
mais on ne la voit pas, ce visage n’en a pas ou alors c’est qu’elle s’est réduite au strict nécessaire, lèvres retournées et même cousues à l’intérieur)
C’est qu’elle n’a jamais eu grand chose à dire cette femme-là, celle qu’on a toujours appelé la petite, la benjamine de la famille.
Arrivée sur le tard — peu ou pas désirée, on ne le saura jamais. Habillée avec les vêtements des aînés, souvent à la traîne — elle avait les plus courtes jambes forcément —, souffre-douleur idéal des aînés. Elle s’était donc inventé un vocable personnel d’un genre rudimentaire, mais au bout d’un moment, comme elle semblait ne pas saisir les propos dont usaient les adultes, l’entourage s’était demandé si elle était bien normale cette enfant-là,
peut-être attardée, la petite.
Oui, avec une case en moins, c’était possible…
(dans son regard difficile à saisir, quelque chose de trouble en effet, comme un carrousel tournoyant sans fin, mélangeant les musiques et les couleurs, campant des personnages de plâtre emportés par le mouvement et les remous de mélodie avec leurs sourires peints)
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février 15th, 2012 | 5 Comment
Category: Jacki Maréchal, famille, solitude | Tags: écouter, handicap, jacki maréchal
Le pouvoir de l’oncle

Difficile de dire comment tout ça s’était produit, comment il avait atteint les hautes sphères du pouvoir et avait fait partie du gratin, confuse gesticulation de silhouettes habillées maquillées pour les assemblées, les cérémonies ou les plateaux de télévision — rien que pour la façade —, comment tout ça avait fini par le miner, lui abîmer le corps qu’il avait pourtant solide et bien campé.
(d’emblée le personnage en impose : port de tête assuré, yeux dépourvus de crainte et posés droit devant)
À l’adolescence il avait usé de ses forces physiques — aîné de quatre sœurs soudées comme les doigts de la main, il avait pris l’ascendant sur elles au plus simple —, puis il avait taillé la route, études et cursus honorable. La taille, le bagout, l’orgueil l’avaient conduit tout droit en politique, une carrière apte à entretenir son envergure et à alimenter sa vanité.
(voyez la bouche comme elle pointe vers l’avant en une légère moue de mépris, celui que le type bien considéré adresse aux petites gens, à ceux d’en-bas comme il disait souvent pour bien se faire comprendre)
Et durant des années il n’avait connu ni apitoiement ni mélancolie jusqu’à ce que le boomerang lui revienne et le percute en pleine mâchoire.
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février 7th, 2012 | 2 Comment
Category: Jacki Maréchal, famille | Tags: coeur, famille, jacki maréchal, politique, pouvoir
Dans quel état

… pas besoin de les chercher, elles s’imposent de façon vertigineuses dans le paysage, ces figures humaines saisies au sortir du sommeil — parfois on identifie mal le sexe auquel elles appartiennent —, déambulant dans les couloirs d’immeuble, les allées tapissées de gravier ou les rues commerçantes, engoncées dans leurs vêtements d’hiver, les bras le long du corps ou au contraire repliés pour tenir un manche de parapluie, ajuster un col récalcitrant.
L’aube est souvent maussade,
ciel en toile de jute,
confusion des façades ininterrompues dessinant ces chemins qu’elles empruntent chaque jour à la même heure, presque dociles, pour rejoindre les places ornées de monuments aux morts, les vastes carrefours farcis d’engins automobiles qu’elles traversent méfiantes en dépit des feux tricolores, en regardant à droite à gauche.
Le peintre les observe depuis les fenêtres de son atelier.
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janvier 29th, 2012 | 5 Comment
Category: Jacki Maréchal, paysage, ville | Tags: jacki maréchal, matin, peinture, ville
Devenue mère

Elle avait grandi dans une famille aisée auprès de trois sœurs et un frère, avait fait ses études dans un lycée de province de bonne réputation, et jamais il ne lui était venu à l’idée, même jeune, qu’il était possible de s’extraire du cercle familial et de ses influences pour agir d’une façon personnelle, faire du hors piste, tout simplement inventer sa vie. Sans la moindre remise en cause, elle avait adopté d’un bloc les comportements de son clan et de sa classe sociale autant dans le domaine de l’apparence — façon de s’habiller, d’organiser son mariage ou de meubler son intérieur — que dans la gestion du ménage ou l’éducation de la progéniture.
(à bien y regarder, on décèle sous les traits cotonneux, indécis, une charpente étanche, un socle dense et dur : comme une inaptitude à percevoir les signaux et les flux naturels du monde)
Lui le passionné de plongée, elle l’avait choisi dès la première rencontre : beau physique, caractère malléable, un poil plus jeune qu’elle — une proie facile. Leur peu de passion avait flambé d’un coup et puis les choses ne s’étaient plus faites qu’à sa façon à elle, avec l’aval de sa famille et en connivence avec ses sœurs bien sûr, ce qui du même élan l’avait repoussé — lui le plongeur — discrètement mais distinctement vers des zones de silence hantées par le gémissement nocturne de la mer.
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janvier 23rd, 2012 | 6 Comment
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Lui, le père

Il n’avait rien désiré de tout cela. Depuis le commencement les événements l’avaient débordé et il n’avait pas réussi à reprendre pied, entraîné dans le flot malgré lui entre deux berges sablonneuses sillonnées de chemins grisâtres et ponctuées de cabanes délabrées — sans doute des abris où les pêcheurs entreposaient leur matériel et tiraient leurs barques à sec —, et il avait marché à l’aveuglette, en avait vu des vertes et des pas mûres
(tout de suite on est frappé par les yeux qui prennent le pas sur le reste, figés dans une sorte d’écarquillement, paupières épaisses renforcées par quelques lignes rapides définissant l’espace des orbites)
en tout cas il avait fait de son mieux dans le travail, au moins ramenait-il de l’argent à la maison, de quoi vivre confortablement — ce qu’elle avait toujours souhaité. Et puis elle, tombée enceinte sans le concerter — ce qu’elle avait toujours souhaité, tomber enceinte et vivre confortablement —, alors bien obligé de mettre de côté ses envies, car il était mordu de plongée sous-marine et il mûrissait quelques projets de voyage avec d’autres passionnés comme lui du côté de la Mer Rouge et de l’Australie.
En vérité elle n’en avait que faire, de ses envies projets amis,
bientôt elle avait pris toute la place avec son corps enflant bourgeonnant,
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janvier 15th, 2012 | 3 Comment
Category: Jacki Maréchal, couple, famille | Tags: famille, figure, jacki maréchal, père, plongée sous-marine
J’avais le désir d’écrire sur les toiles de Jacki Maréchal. À ma demande, il m’a adressé une série de peintures : des figures humaines, un peu semblables au premier abord, du moins dans la palette et le traitement. Et puis rapidement elles m’ont étonnée, bouleversée, révélant des expressions reflets facettes inattendues… J’ai écrit leurs histoires. Voici la première.
Fille aux joues d’ébène

Sans doute à cette époque que son visage avait commencé à se façonner, à s’infiltrer de sentiments contradictoires, compassions et colères dont elle ne prenait pas encore la mesure, qui un jour la saisiraient au point de la mettre en danger. Oui, ça avait commencé à cette époque où eux — les parents — ne cessaient de se disputer, évidemment pour des riens, des trucs idiots qui ne valaient pas la peine d’être relevés et ponctuaient la vie quotidienne de minuscules désordres.
Et ça résonnait dans son jeune cerveau, la piquait au centre d’elle-même comme flèches empoisonnées plantées dans sa chair devenue cible.
Il y avait par exemple ces querelles à propos de son éducation, de sa tenue vestimentaire, de ses heures de sortie du samedi — décidément, rien à faire pour les mettre d’accord ces deux-là : lui campé sur ses positions, elle mauvaise, peut-être bien jalouse alors qu’elle avait déjà perdu une part de sa fraîcheur, la bouche amère, toujours vêtue de sombre pour dissimuler son embonpoint. Du coup elle — la fille — avait tendance à se mettre à l’écart, à se recroqueviller
(ce pli inquiet au coin des lèvres, cette interrogation)
dans le silence rouge de sa petite chambre palpitant à la cadence de son sang
(on devine une pulsation bleue du côté des tempes, fragile, bien réelle)
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janvier 8th, 2012 | 6 Comment
Category: Jacki Maréchal, famille | Tags: famille, figure, fille, inquiétude, jacki maréchal, querelle, silence

Je voudrais apprendre à mieux regarder encore,
à regarder avec les yeux du dedans,
avec les yeux capables d’appréhender les subtiles modifications du jour et de la nuit, la quantité de nuages qui passent par-dessus le pays, la tiédeur du soleil qui enflamme la ligne d’horizon, avec les yeux capables d’imaginer l’autre côté de la terre où demeurent des millions d’autres hommes en train de rire ou gémir, peinant à nourrir leurs familles et remontant les pierres tombées dans les ravins sur leurs têtes ou à dos de mulet,
avec les yeux retournés vers la grotte où les anciens avaient peint la chasse et les rites sacrificiels, soudain sensibles à l’intérieur des choses, tout ce qui se trame dans les poitrines entre organe du cœur et clavicules, pensées impressions sentiments en mouvement permanent pareils aux trajets d’une armée de fourmis,
apprendre pour mieux l’écrire,
un jour le transmettre aux enfants en cette époque où ils ne parlent pas encore, par simple contact, une sorte d’héritage de peau entre vivants.
©FR, 25 décembre 2011
décembre 25th, 2011 | 3 Comment
Category: poésie, voyage | Tags: apprendre, conscience, voir, yeux

Et je ne peux m’empêcher d’y revenir encore alors que la froidure n’a pas encore commencé à s’installer sur le pays. Seulement la pluie et la tempête qui secoue ce matin la Bretagne.
La serre est un univers complet avec pourrissement des fruits oubliés, dessiccation des tiges, indices d’achèvement qui proposent déjà en leur fumure une certaine forme de renaissance.
Photographie : ©FR, 2011
décembre 13th, 2011 | 2 Comment
Category: jardins, mon pays, père | Tags: jardin, pourriture, renaissance

Toussaint. Le jardin de mon père est en friche. La serre abrite encore quelques fruits hauts en couleur et en goût — il en avait gardé quelques-uns pour moi, sachant que je venais — et des semences sont déjà en cours de nidation pour le printemps prochain. Cycle perpétuel du végétal qui ponctue la vie des jardiniers et maintient leur moral à la hausse en dépit de l’hiver annoncé.
Photographie : ©FR, 2011
novembre 28th, 2011 | 0 Comments
Category: jardins, mes photographies, mon pays, père | Tags: fruit, hiver, jardin, père, serre

Les ondées sont fréquentes, les vents lourds et les tombes noyées sous les fleurs. Les pépiniéristes ont proposé cette année des chrysanthèmes à quatre ou cinq têtes de coloris différents.
− C’est qu’ils sont inventifs, a commenté mon père.
De grands nuages occupent les bordures du ciel. En perpétuel mouvement, ils s’offrent tel un spectacle sauvage.
Hier, nous étions au pays de ma mère pour fleurir les tombes et visiter les derniers vivants, oncles et tantes à présent avancés dans l’âge, affrontés à bien des petites misères — le physique qui lâche par morceaux, on ne peut rien y faire —, résignés, néanmoins amers de se voir vieillir, affichant non sans fierté le nombre de leurs descendants comme si ceux-là avaient le pouvoir de les sauver de la déchéance, voire du tombeau, énumérant leurs prénoms, butant forcément sur les derniers impossibles à retenir, empruntés à des mondes dont ils n’ont pas idée.
Nous : je veux dire mon père ma mère et moi, équipage occasionnel pour ce pèlerinage de Toussaint.
Je l’avais souhaité.
Certains de nos hôtes auraient passé l’arme à gauche à mon prochain passage — une question de statistique — et les circonstances seraient propices à la réminiscence entre café ou verre de vin ou les deux accompagnés de gâteaux secs présentés dans l’incontournable boîte en métal ornée de personnages en costume breton. Le genre de communication que j’apprécie, voire recherche.
Et en effet les albums photos n’ont pas manqué de sortir des placards, chacun s’y penchant à son tour pour reconnaître Samuel, Paul ou Simone, recherchant le nom de la ferme ou du village et précisant la date à laquelle avait dû se dérouler telle scène ou telle autre. Ça n’était pas comme aujourd’hui où l’on mitraille à tout de bout de champ, appareils numériques, téléphones ou véhicules tous terrains passés au rang des possessions ordinaires — rien d’acquis de haute lutte finalement. À l’époque les clichés étaient rares et les familles ressemblaient à de vastes tribus qui s’inventaient comme toutes les tribus des signes d’appartenance et des codes de ralliement pour rendre le désert moins hostile.
Ainsi ils étaient là devant moi, frères et sœur de ma mère émouvants avec leurs parlers approximatifs, leurs gestes gauches, leurs corps empâtés bien qu’ayant travaillé dur et leurs sentiments disciplinés par la morale catholique tels les derniers témoins du monde la campagne, un monde basé sur la terre et l’abnégation de ceux qui la bêchaient la fourrageaient l’ensemençaient, gratifiés par de maigres joies, le reste du temps englués dans le silence.
Leurs visages étaient doux, ci et là éclairés par un souvenir cinglant.
− Mais c’est lui, Joseph. Il devait avoir quinze ans. C’est fou comme on le reconnaît bien.
J’aurais voulu relever dans mon carnet leurs réflexions qui, outre leur maladresse, piquaient à vif la nature profonde des choses mais l’acte d’écrire aurait interrompu le fil, du moins déporté sur moi l’intérêt, du même coup nous aurait éloignés du partage. J’ai repoussé l’idée, participant à ma manière, écoutant observant frôlant leur manche à l’écoute de leurs moindres tremblements.
Seul au bout de la table, mon père attendait.
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novembre 16th, 2011 | 11 Comment
Category: famille, mes photographies, père | Tags: album photos, cimetière, pélerinage, silence, souvenir, tombe, toussaint

Elle rêvait.
De lui. De sa peau.
De sa peau de dauphin d’un bleu luisant tendue sur des muscles puissants. De son membre – même si elle ignorait à quoi ça pouvait bien ressembler un sexe de dauphin, d’ailleurs ce poisson en avait-il un ? Celui-là était long et effilé et souple pour s’accorder aux ondulations du ventre bondissant, et il paraissait velouté comme les naseaux des chevaux. Parfois elle empoignait sa nageoire et, fondue à son flanc, elle glissait sous l’écume pour se noyer la tête, le corps, les oreilles soudainement embrasées par la phosphorescence sourde et profonde des vagues océaniques.
Elle se demandait si la valse des corps humains en amour tenait de cette jubilation.
Donc elle rêvait de lui. Souvent.
Autour d’eux, le monde était bleu saphir ou turquoise, variations infinies du bleu pâle à l’abyssal. Pour elle c’était une chose nouvelle. Le jour ne se distinguait pas de la nuit, le temps n’avait pas de frontières ni de fin.
- On dirait qu’elle a bougé la main.
L’infirmière s’approche du lit, caresse le front de la jeune fille couchée tout en observant les minuscules vibrations qui parcourent ses paupières. L’infirmière pense : Pauvre petite.
Déjà deux mois que ça s’était passé : des lumières violentes s’étaient rapprochées de l’amas de tôle où son corps gisait depuis le choc frontal avec le camion, des sirènes avaient tournoyé, elle avait basculé dans le fluide bleu, bras ouverts au maximum de leur envergure comme si elle avait plongé d’une falaise.
©FR, 2011
Acrylique sur toile de Tikkal
novembre 8th, 2011 | 1 Comment
Category: couple, voyage | Tags: accident, bleu, dauphin, rêve

Ils choisirent un bel endroit à proximité de l’eau.
Après avoir ôté leurs chaussures, ils se sentirent plus à l’aise qu’au commencement sous les tamaris et Van Bergen s’affaira sans tarder autour du panier. Il déploya la nappe, y déposa la nourriture : sandwiches au poulet et au rôti de porc avec un fond de moutarde. Il précisa qu’il avait soigneusement trié les feuilles de salade. Il avait aussi prévu un mélange de légumes à base de blé dur assaisonné de coriandre et d’huile d’olive au cas où elle n’aurait pas mangé de viande. Encore une fois il s’excusa. N’ayant pas été averti de la présence de l’enfant, il n’avait pris que deux assiettes et deux fourchettes en métal.
− Ça ira bien comme ça, dit-elle.
Il n’avait fait qu’entrevoir l’expression de son visage dissimulé par les cheveux, il se sentit néanmoins réconforté par l’intonation de sa voix.
Elle s’installa sur le coin de nappe en face de lui, jambes repliées sur le coté. Puis elle choisit un sandwich, le tendit à Matt et en prit un pour elle. Après avoir avalé une première bouchée, elle affirma que c’était délicieux, qu’elle appréciait le craquant de la salade associé au goût d’amande du poulet.
Les échancrures de sa robe laissaient voir un peu de peau du côté du cou, et aussi des aisselles. D’après la coupe, c’était une robe bon marché dont les couleurs s’étaient fanées à force de lavages.
Van Bergen jeta un coup d’œil à sa montre et scruta l’horizon en direction de la jetée.
− Les bateaux sont en train de franchir la ligne de départ. Avec ce vent qui rentre, ils ne tarderont pas à se profiler dans les parages.
Une fois son sandwich avalé, Matt se leva et courut au bord de l’eau. Il en rapporta des galets qu’il déposa autour de la nappe pour empêcher que le vent ne la retourne.
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octobre 28th, 2011 | 0 Comments
Category: couple, extraits de mes romans, mer | Tags: enfant, peau, plage, rencontre

Don Pablo Amaringo était péruvien, peintre et chaman. Il est mort récemment. Il déchiffrait les histoires — les folies — qui traversent le cerveau des hommes quand ils acceptent de lâcher prise et voyagent aux frontières de la terre et du ciel.
Chez lui, toujours la science du détail et l’omniprésence du spirituel.
Entre forêt de neurones et tissu végétal amazonien.

Le magazine n°16 de AUTOUR des AUTEURS avait publié un dossier sur ce peintre en février 2010.
octobre 19th, 2011 | 8 Comment
Category: ailleurs, peinture | Tags: Amazonie, chaman, forêt, rêve

De semaine en semaine le soleil était devenu plus virulent. Probablement l’été.
En accord avec le foisonnement de la végétation, la langue de Léonard s’était déliée et ses mains avaient appris à bouger devant lui, découpant l’herbe. Il ne parlait jamais de sa personne, seulement du monde visible autour d’eux, flux de sève et pluies imprévisibles.
Les voilà donc assis à un mètre d’écart tout au plus, simple longueur de bras. Leurs souliers sont couverts de fins éclats de boue. Leurs regards se portent dans la même direction, à savoir le profond du bois, et puis dans les trouées la toile du ciel où naviguent des oiseaux de grand voyage.
La fille est de plus en plus belle. Cheveux épais, cou de neige.
Elle ne s’ennuie jamais avec Léonard bien qu’elle le trouve un peu étrange. Pour cela qu’elle évite de poser des questions et de se découvrir. Pas même les bras, cheveux libres dissimulant la nuque. Évidemment je n’ai pas de preuve de ce qu’ils se disaient ou pensaient l’un de l’autre, mais ces rencontres avaient eu lieu dans la clairière ou ailleurs. Quantité d’indices le clamaient à qui s’intéressait de loin à Léonard. Son dos s’était redressé, sa tenue se faisait plus soignée.
Au fait était-ce encore l’été ? Des feuilles mortes couvraient l’herbe. Encore quelques semaines et ce serait l’hiver.
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août 25th, 2011 | 3 Comment
Category: extraits de mes romans, solitude | Tags: espérance, été, herbe, impossibilité, jardin, relation, solitude, végétation

Il est question de ces zones indécises où se confondent à certaines heures la mer et la terre.
Moiré de l’eau, rochers à l’affleurement, varech luisant.
Il est question d’attente.
La marge où s’ancre l’anémone s’agrandit sous certaines lunes. L’homme habitué aux domaines maritimes ‘descend à la côte’ et s’aventure sur la frange humide, attentif au souffle intérieur des choses.
‘Île d’Yeu’, peinture de Jeannine Gilles-Murique
août 18th, 2011 | 3 Comment
Category: Gilles-Murique, mer, paysage | Tags: étal, marine, mer, varech

Elle l’a attendu. Longtemps.
Il ne l’a pas prévenue, il n’est pas venu, point final — un empêchement de dernière minute, quelque chose d’important forcément. Et c’est très difficile pour elle d’accepter cet état de fait, sa vie en suspens dans la moiteur d’une saison interminable, sa solitude.
Le soir, les grands salons se remplissent de monde et de musique, les arbres éclairés par-dessous, les femmes aux bras nus et parfumés qui rient aux éclats — beaucoup d’agitation pour peu de résultat.
Car la plupart se noient en arrivant dans ce pays.
À cause de l’ennui. Soudain plus de repères, l’été sans fin, la chaleur, les orages. Alors ils boivent rient et dansent jusqu’à en perdre la tête, il n’y a plus rien qui tienne.
Au bout d’une heure ou deux, elle se résout à quitter l’enceinte grillagée qui protège le champ rouge, déserté à cette heure, et elle remonte lentement le sentier qui conduit à travers la palmeraie jusqu’à la résidence.
La solitude coule sur sa robe, sur ses chaussures de tennis.
Lumière aveuglante, nausée.
Elle traverse la terrasse bordée de bougainvillées, entre dans la maison et va se coucher sur le lit blanc.
On lui apporte du thé pour couper la soif, elle n’en veut pas. Elle cherche une raison à ce qui est en train d’arriver, se torture, se mord les doigts, de toute façon elle ne veut rien sinon l’amour en secours.
Un peu de musique peut-être ? Tout finira par passer, vous verrez : la colère, la déception, l’amertume. La vie entière passera. Joie ou chagrin, qu’importe. Il arrive un jour où l’on ne désire plus rien.
Pour le moment elle pleure comme une enfant.
‘Tennis woman’ de Frédéric Plumerand, huile sur toile, 2011
août 10th, 2011 | 6 Comment
Category: corps, couple, solitude | Tags: attente, solitude, tennis, tropique

vendredi 5 août 2011, à 11h
À l’occasion de l’accrochage du peintre RICHARME sur le thème des ciels, une rencontre-lecture aura lieu à la librairie PAROLI autour de mon ouvrage ‘Au-delà du blanc’. Elle sera conduite par Sophie Meyer.
Les œuvres seront décrochées le dimanche 4 septembre.
libraire Paroli
rue des Martyrs, Minerve (34)
contact : (04) 68 49 82 54
août 3rd, 2011 | 0 Comments
Category: Richarme, mon actualité, paysage | Tags: atmosphère, ciel, Minerve, richarme

Rive nue, déserte.
Le vent y soulève par épisodes des nuages de poussière. Au cours des dernières crues il s’est formé des renflements d’argile, reliefs pénibles à franchir pour les marcheurs qui s’en viennent par petits groupes depuis les villages et les campements éloignés jusqu’aux paillotes des passeurs.
La rive nue participe du fleuve. Elle est sa zone libre, le poumon de la ville sanctuaire.
Extrait de “L’autre versant du monde”, roman, CLC éditions, 2009
Ganga, Vârânasî (India) – ©FR
juillet 30th, 2011 | 0 Comments
Category: Inde, ailleurs, mes photographies | Tags: fleuve, ganga, paix
Ce blog est né il y a tout juste un an.

Écrire réclame toujours plus, un engagement à chaque respiration. Et chaque fois la même question : quoi entreprendre ?
Ne pas réfléchir – enfin, c’est ce que je me dis.
Éviter d’aller au-delà de l’instant, de ce qui s’ébranle à l’intérieur du corps et de la gorge. Puiser dans la matière qui remue dans le ventre, innocente, et puis la déposer tel le drap blanc sur le pré.
Ne pas chercher à l’enjoliver — se taper sur les doigts quand la tentation vient — et dérouler le récit avec simplicité.
Car c’est naturellement que le chemin conduit vers ce village perdu tout au bout du pays, vers cette bergerie délabrée ou ce verger abandonné avant de se disperser à flanc de montagne, talus bientôt changés en bosquets, en forêts. Ci et là des friches propices à la bruyère, des clairières, des zones abritées au pied de murets à moitié éboulés – on s’arrête à leur flanc pour se reposer. Des fragments de paysages jamais imaginés paraissent entre les branches. Surviennent des crépuscules tranquilles ou teintés d’ouragan.
Après, la nuit.
Tenter de voir,
de tout saisir.
Tout, je veux dire chaque élément de ce pays qui brûle — bien réel autour de soi —, l’installer tel qu’il se présente comme s’il était question de composer un tableau.
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juillet 25th, 2011 | 15 Comment
Category: quotidien, écrire | Tags: à propos d'écriture, chemin, création, lumière, voir

Ils étaient bien embêtés, ils devaient réfléchir pour ne pas faire d’erreur, voilà ce qu’ils disaient. Car c’était là un investissement d’importance pour eux qui gagnaient mal leur vie — ce que le vendeur pouvait comprendre. Donc ils hésitaient, elle attirée par le rouge et lui par le beige.
Toujours pareil, elle allait vers des couleurs qui fatiguent à la longue, impossibles à vivre au quotidien, du moins c’était là son point de vue. Mais elle ne voulait rien entendre, non rien. Le rouge sang était la pointe de piment dont elle avait besoin dans cette existence qui promettait bien peu. De temps en temps elle s’offrait des petites joies bon marché : ceinture en skaï ou ruban pour les cheveux, toujours de couleur rouge. Une façon de résister, de sortir la tête du sac.
Et il faut reconnaître que le rouge lui allait bien — il n’était pas aveugle. Chaque fois qu’il le constatait, il lui venait un drôle de petit goût dans la bouche. Donc il s’accrochait à l’idée du beige.
— Un choix raisonnable pour un divan, arguait-il. Facile à égayer avec des coussins colorés, voire brodés, tu ne crois pas ?
Mais elle ne l’écoutait pas. Elle murmurait que la situation empirait avec le temps, qu’ils ne seraient jamais d’accord sur rien.
Le vendeur était au bord de devenir nerveux. De toute façon elle n’avait plus envie de ce divan encombrant. Tout ça ne les menait nulle part. Et pour une fois elle ne pleurnichait pas.
Elle se tourna un instant vers lui, le regarda, puis tourna les talons et disparut au-delà des portes vitrées.
Lui demeura sidéré comme par un éclair sanglant.
©FR, 4 juin 2011
Aquarelle de Tikkal
juillet 12th, 2011 | 3 Comment
Category: couple, quotidien | Tags: conflit, couple, divan, piment, rouge

Cet endroit, Zoa l’a déniché en amont du campement établi sur la rivière depuis la dernière lune. Tous les jours elle y va.
Plus qu’une rivière, un torrent.
La progression est lente et compliquée du bord où le soleil se couche. Profusion végétale. Peu de lumière. Bientôt, une sorte d’escarpement constitué de roches blanches aux filons oxydés. Et puis, sous la plateforme, une vasque naturelle protégée par un bouquet d’aulnes — il faut la connaître pour la trouver.
Là, toujours une odeur de cervidé.
Zoa s’accroupit et se penche.
Dans le miroir d’argent elle voit se dessiner le contour tremblant de sa tête, l’arête de son nez, sa bouche ouverte pareille à celle du poisson qui bataille pour remonter vers la source. Ni algues ni écume. Les frondaisons d’un arbre abattu par une récente tempête protège bien des remous. Et l’eau s’écoule droit depuis le pan de ciel, depuis les feuilles qui l’ont recueillie sans être souillée. Elle a la couleur du mercure.
Zoa rit et grimace, étudiant son image.
Mawh, le chef du clan, ignore où elle est allée se fourrer depuis la matinée et il s’inquiète. Mawh porte un arc à l’épaule, carquois dans son dos. Hier il a guilloché ses pointes de flèches et il a composé pour elle un collier avec des coquilles blanches et des plumes de rapace.
Photographie : © Barbara Heide
juillet 9th, 2011 | 1 Comment
Category: ailleurs, nature | Tags: eau, miroir, préhistoire, torrent

Ciel en Languedoc augure en 1949 de l’œuvre en gestation.
Extase des cieux par-dessus la plaine hérissée de rochers sombres. Une clarté surnaturelle inonde le cœur laiteux des nuages ourlé de bleu vif et d’orangé.
On croit à un mirage.
Rien n’arriverait sans la couleur blanche.
extrait du récit Au-delà du blanc, FR© 2010
Orage à Talmont, détail, huile sur toile, 1984
La peinture de RICHARME est exposée à MINERVE, petit village cathare aux confins de l’Hérault – à la librairie PAROLI, rue des Martyrs. L’accrochage s’intitule ATMOSPHERE.
Du 3 juillet au 4 septembre.
juillet 2nd, 2011 | 0 Comments
Category: Richarme, autour du blanc, extraits de mes romans, mon actualité, peinture | Tags: accrochage, ciels, Minerve, richarme

Si vous souhaitez retrouver la série ENTRE BRAS et la lire d’un seul tenant :
juillet 1st, 2011 | 0 Comments
Category: famille, série 1 - frère et soeur | Tags: amour, famille, histoire

Et maintenant quoi faire ? Quoi décider ?
Un mouvement a été amorcé, c’est certain. Depuis qu’ils se sont embrassés, une émotion nouvelle les habite, une onde capable de vibrer dans leur poitrine de façon permanente — jusque là, c’était un peu comme s’ils étaient morts.
Plus brulante aussi — plus durable — la conscience de se savoir vivants au même instant et dans ce monde.
Être vivant, rien n’est plus important que cela.
Il pense qu’elle lui a beaucoup manqué quand elle est partie en internat à quatorze ans. Un vide impossible à combler. Il hésite, finalement ne dit rien à ce sujet.
Temps de silence et puis :
- Quinze ans à se côtoyer, ça n’est pas rien !
- Tu as raison, ça n’est pas rien.
De toute façon il l’aime — il le lui dit plusieurs fois. D’une manière différente des autres femmes qui comptent pour lui, épouse ou filles, mais il l’aime.
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juin 28th, 2011 | 1 Comment
Category: famille, série 1 - frère et soeur | Tags: amour, décision, émotion, frère, relation, séparation, soeur

On aperçoit les arbres par la fenêtre ouverte. Un léger vent les agite. Quelques nuages au ciel. Le temps s’écoule.
Ils goûtent à la beauté du moment.
Puis ils se souviennent, inévitables bribes soulevées par le contact entre eux nouvellement rétabli.
Le même pays les a nourris — pas n’importe lequel, un pays fort, un pays de mer. Chacun en a gardé un goût affirmé pour la baignade, le vent d’ouest, les tempêtes d’équinoxe.
– Cette couleur de sable, sais-tu qu’on ne la trouve nulle part ailleurs ?
Et c’est vrai pour toutes les composantes de cette côte qu’ils aiment plus que tout autre lieu.
Un paysage, ça vous forge les sens et le corps en dedans.
Outre le pays, leurs père et mère ont contribué à leur croissance avec ce qu’ils avaient de pire et de meilleur, on ne peut pas revenir là-dessus. La vie était sévère, maigre en douceurs. Peu de jouets. Un tas de sable dans le jardin avec des petites voitures, des billes en verre coloré, un vieux cheval de bois. Plus tard ils faisaient des parties de Grand Voyage quand il pleuvait, jeu de société offert lors d’un anniversaire — il s’agissait de déplacer des pions sur une carte du monde. Ensemble ils s’étaient donc initiés aux mystères des cinq continents.
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juin 22nd, 2011 | 2 Comment
Category: famille, série 1 - frère et soeur | Tags: consolation, enfance, souvenir, vécu

Maintenant qu’ils se sont retrouvés, ils parlent, se demandent ce qui du temps ou de la nature des personnes a causé le plus de dégâts.
Elle dit que c’est la même chose dans toutes les familles. Les mots non prononcés, les sentiments non exprimés s’entassent dans nos obscurités comme les sédiments par-dessus le sable et les coquillages de la mer. Des événements anodins suffisent à les revigorer — simples prétextes — et avec eux, la douleur qu’on croyait évanouie.
Elle ajoute : Même si la vase se dépose au fond du lit, elle continue à troubler l’eau.
Il hoche la tête.
Il n’a pas l’habitude de voir les choses de cette façon. Il voudrait croire que le conflit qui les concerne aujourd’hui et qui, d’une certaine manière, les a rapprochés, est lié à des circonstances malheureuses et que les torts sont partagés.
– Les torts ! (elle s’exclame) De mon côté, je n’ai rien fait de reprochable. J’ai l’esprit clair et je n’ai pas de colère… J’attendrai le temps qu’il faudra.
Lui n’a jamais aimé remuer la vase, elle le sait. Il s’est d’ailleurs modelé un corps capable d’onduler entre algues et détritus sans jamais heurter le fond. Et tant que ça tient il continue, quitte à tomber un jour sur un os, un mur, n’importe. Oui, c’est dans sa nature de ménager la chèvre et le chou — car s’accorder à la personne qui partage sa vie le préoccupe, s’opposer serait au-delà de ses forces. Donc il a toujours opté pour la tranquillité au détriment d’une certaine vérité et c’est une chose qu’elle peut comprendre.
– Mon ami, mon frère, il est seulement question de vivre. De vivre dans la clarté, en accord avec nos convictions profondes. Rien de grave dans tout ça.
Elle ajoute : À chaque instant, nous avons le choix, n’est-ce pas ?
FR ©, 2011- inspiré par la photographie de Joëlle Colomar © : ‘Vaseuse’
juin 17th, 2011 | 4 Comment
Category: famille, série 1 - frère et soeur | Tags: conflit, frère, non-dit, vase, vérité

Ils s’embrassent longuement, je veux dire qu’ils restent dans les bras l’un de l’autre, longtemps. Ils ne disent rien. Ils goûtent le contact, c’est tout. Rien que le contact.
Et ça bouscule, ça déménage à l’intérieur — frissons et larmes au bord des yeux.
C’est que la vie les a séparés après qu’ils ont partagé le temps de l’enfance : un terroir, des parents, des joies et des deuils. Un mariage pour lui, des études dans une autre province pour elle, leur lien vaguement maintenu au gré des occasions, fêtes de Noël et encore, carte de vœux ou cadeau délivrés à point nommé par la poste. Ils pensaient que c’était ça, être de la même fratrie, que c’était suffisant pour conduire l’histoire jusqu’à la fin. Mais l’intime de la vie réclame du beau fil, de l’habileté et de la patience pour constituer une trame solide.
Un accident les a soudainement rapprochés — le père avait de l’âge. Oui, peut-être. Ou alors un autre événement, d’une nature apparemment moins tragique, pourtant capable de creuser dans des plaies — silencieuses jusque là —, une jalousie larvée chez l’un de ceux qui les côtoient. Ça aurait pu passer inaperçu, se dissoudre comme un nuage dans le ciel. Mais non. Cette fois c’est vraiment douloureux. Pour ça qu’ils ont décidé de se revoir.
Ils s’embrassent . Ils ne savent plus très bien où ils en sont.
Avant de remonter le fil complexe de leurs affaires, ils puisent dans cet état la certitude d’un lien indéfectible.
FR ©, 2011- d’après la photographie de Joëlle Colomar : ‘Né sous X’
juin 12th, 2011 | 3 Comment
Category: famille, série 1 - frère et soeur | Tags: étreinte, frère, soeur, tort, vie

Envie aujourd’hui de laisser place à deux amies, l’une pour les mots, l’autre pour l’image…
Il était une fois une jolie fille qui s’appelait Françoise. Elle avait de longs cheveux de feu et plein de chats — les uns dans des paniers, les autres dans le lavabo ou suspendus sur un fil à linge ; elle en avait plein son ordinateur, de toutes les couleurs. Mais elle habitait un pays où soufflait tous les jours un très grand vent. Le vent décoiffait son jardin, faisait voler ses chats très loin dans des jardins où Françoise ne pouvait aller sans le secours des fées.
Une fée vint lui rendre visite, par un jour de grand vent évidemment, elle était suivie de tous ses chats, ceux du fil à linge, ceux du lavabo et d’autres encore : Grisfou, Trifouille, Castor et Pollux (ça c’était des jumeaux), Louisiane, Louison, Belle-âme, Chanson, Hermine et Blason et bien d’autres encore.
Et elle conseilla à Françoise d’écrire une histoire sur le vent, les chats et leurs amis. Mais Françoise était partie aux Indes où elle avait trouvé la misère, la sagesse, et retrouvé l’amour. Alors comme c’était un très long voyage, la fée l’attendit sur un banc du jardin.
Et Françoise revint « pleine d’usage et raison », vivre entre ses amis le reste de son âge. Mais le vent continuait de décoiffer le jardin et de faire voler les chats. Que faire ?
Texte : Denise Miège-Simansky / Photographie : Jacqueline Cauwet
juin 8th, 2011 | 6 Comment
Category: ailleurs, quotidien | Tags: chat, fée, vent

Une lecture de fragments de ce roman aura lieu dimanche 5 juin 2011 à 17h30 à Goudargues (Gard) lors de la 3ème Journée du Livre sur les quais
En vérité l’arbre n’était pas un cyprès, mais un Pinus lambertiana de la plus belle espèce, plutôt rare en cette province. Et Martha remit les choses au point sitôt que l’occasion s’en présenta, c’est-à-dire qu’elle désigna l’arbre sous son vrai nom afin que les enfants s’en souviennent.Un jour qu’il pleuvait, elle en montra une planche à Hilde dans un gros livre consacré aux résineux d’Europe et d’Amérique.
Cyprès ou lambertiana, peu importait. La cachette ménagée en son cœur devenue cabane était la plus confortable qu’ils n’avaient jamais connue et les deux cousins tapèrent dans leurs mains à l’idée d’y passer une veillée à la prochaine pleine lune. Il fut convenu qu’un des chiens bergers veillerait à leur sécurité.
Dans la semaine qui suivit, leurs possessions s’augmentèrent de jumelles marines qui avaient appartenu au grand-père – un héritage en quelque sorte – et d’une malle remplie de magazines illustrés. Oh pas de vulgaires bandes dessinées pour gosses avec des dialogues idiots. Pas du tout. Il s’agissait de revues d’histoire et de géographie que Martha collectionnait quand elle était étudiante. Aussi d’archéologie et d’anthropologie avec des reproductions disposées dans des encadrements dorés : dessins, gravures, photographies. Des éditions de luxe à vous donner l’amour du papier imprimé. On avait envie de les regarder sans jamais s’arrêter.
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juin 2nd, 2011 | 1 Comment
Category: arbres, extraits de mes romans, jardins, mon actualité, nature | Tags: arbre, dingo, enfance, livre
Sur les ghâts, Vârânasî (India) – ©FR
mai 23rd, 2011 | 1 Comment
Category: Inde, mes photographies | Tags: couleur, femme, Inde

Toujours nous progressons à bonne cadence, lui poussant sur son bâton, moi réglant mon pas au sien. Le vent est comme bête folle. Il jette en travers de nos poitrines quantité d’odeurs et d’embruns, nous contraint à ouvrir la bouche pour respirer. Par intermittences une bruine froide cingle nos visages. J’espère qu’il prend plaisir à cheminer en ma compagnie sur ce sentier qu’il emprunte seul depuis la mort du chien.
Bientôt le paysage se fait plus sauvage encore – glauque de la mer, acéré du rocher – et si impressionnant qu’il nous ramène aux temps où il était jeune, aux temps d’avant les congés payés et les pétroliers géants. Il évoque les bandes de marsouins qui croisaient alors dans la baie. Il hoche la tête, presque étonné de s’en rappeler, puis s’interroge sur l’efficacité de ces palissades nouvellement installées, censées protéger ce qui reste de flore littorale des hordes d’estivants incontrôlables.
– Ça va trop loin maintenant, y’a plus de respect pour rien. La terre, elle ne voudra plus guérir.
Extrait du roman ‘Le regard du père‘, éditions AEDIS, 2006
Photographie : Ganivelles – ©FR
mai 16th, 2011 | 3 Comment
Category: extraits de mes romans, mes photographies, mon pays, paysage, père | Tags: chemin, côte, ganivelle