ganivelles

Toujours nous progressons à bonne cadence, lui poussant sur son bâton, moi réglant mon pas au sien. Le vent est comme bête folle. Il jette en travers de nos poitrines quantité d’odeurs et d’embruns, nous contraint à ouvrir la bouche pour respirer. Par intermittences une bruine froide cingle nos visages. J’espère qu’il prend plaisir à cheminer en ma compagnie sur ce sentier qu’il emprunte seul depuis la mort du chien.

Bientôt le paysage se fait plus sauvage encore – glauque de la mer, acéré du rocher – et si impressionnant qu’il nous ramène aux temps où il était jeune, aux temps d’avant les congés payés et les pétroliers géants. Il évoque les bandes de marsouins qui croisaient  alors dans la baie. Il hoche la tête, presque étonné de s’en rappeler, puis s’interroge sur l’efficacité de ces palissades nouvellement installées, censées protéger ce qui reste de flore littorale des hordes d’estivants incontrôlables.

– Ça va trop loin maintenant, y’a plus de respect pour rien. La terre, elle ne voudra plus guérir.

Extrait du roman ‘Le regard du père, éditions AEDIS, 2006
Photographie : Ganivelles
– ©FR

lignes éblouissantes

Elle s’en venait par le chemin du port, une main en visière pour essayer de voir le plus loin possible et reconnaître l’endroit qu’il avait décrit dans son message avec une précision méticuleuse. Tout juste s’il n’avait pas ébauché un croquis pour éviter d’éventuels quiproquos — il était d’un naturel inquiet et aimait bien garder le contrôle. Comme elle approchait du bosquet de tamaris, il avait plongé sa main dans sa poche. Au toucher il avait reconnu un couteau et une cordelette bonne à tout faire, d’un genre à ficeler de la viande, à emballer des paquets ou attacher des plantes grimpantes à leurs tuteurs.

Pendant ce temps elle continuait d’avancer au milieu des lignes éblouissantes dessinées par les bords caillouteux du chemin, le remblai et la digue qui s’en filait à travers l’eau, aussi l’espace d’affleurement de l’eau. Sa tête avait un port de reine.
Il avait serré la cordelette dans son poing.
Une chose tout de même qu’il  n’avait pas prévu : elle conduisait un enfant par la main.

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