corps sous un linge

Une multitude d’hommes et de femmes en habits traditionnels déambulent ou circulent en vélo scooter charrette rickshaw voiture autocar au gré d’une chaussée passablement défoncée, par conséquent il y a beaucoup de bruit et de poussière. Des échoppes débordent de marchandises au pied d’immeubles brinquebalants. Des têtes de bétail ruminent au hasard des ordures. Un chahut prodigieux bien plus conforme à l’idée qu’elle se faisait de l’Inde avant d’y mettre les pieds.
Et avec ça, le soleil rivant son œil jaune au ras de la terre alors que se profilent au loin les murailles du Fort Rouge.

Le rickshaw progresse au ralenti.
Elle remarque une forme humaine allongée sur l’étroit terre-plein central au beau milieu de l’embouteillage. Un linge pouilleux la recouvre et les pieds qui en dépassent présentent des plaies purulentes.
Pas vraiment un endroit pour dormir, pense-t-elle. Sans doute un infirme ou un malade qui n’a plus la force de se déplacer.
La ronde des mouches et les œillets jetés par-dessus le linge auraient dû l’alerter. Dans l’instant où elle comprend que ce corps sera bientôt hissé sur une charrette pour être brûlé, s’élève un coassement d’oiseaux au-dessus des palais rouges.
Ici personne ne fait cas d’un cadavre oublié sur le trottoir. Un spectacle habituel que ce passage de la vie à la mort. Et il y a toujours un passant pour couvrir la dépouille de fleurs. Continuer la lecture de corps sous un linge