marcher, nous avons oublié

Nous sommes là, occupant les villes et les villages de la terre. Le soir il y a des lampadaires qui éclairent les rues. Le jour, rien que la lumière naturelle, trépidante ou terne selon la quantité de nuages qui s’en viennent du cœur de l’océan et partent à l’assaut des continents.
Nous sommes là. Nous vivons, nous marchons.
Ou plutôt nous courons, empruntons des escaliers et des tapis roulants, grimpons dans des voitures. Au fond nous ne marchons plus guère, nous sommes pressés. Certains flânent devant les vitrines des boutiques, tournent en rond comme des bêtes en cage. D’autres choisissent de gagner la campagne ou la montagne, par petits groupes — ils appellent ça randonner. En vérité nous ne marchons plus. Ou si peu. Nous ne savons plus.

Marcher sans but.

Marcher jusqu’aux frontières du pays, laissant derrière soi les villages de notre naissance sans jamais savoir si la direction est bonne ou mauvaise. Après tout peu importe où l’on va, l’essentiel reste de marcher jusqu’aux frontières de la faim et de l’épuisement pour se perdre et puis se retrouver au bout du compte.
Marcher jusqu’à rejoindre l’autre bord du désert, traverser des villes étranges et côtoyer des fleuves. Continuer la lecture de marcher, nous avons oublié