érable

(puisé dans mon carnet de notes, printemps 2012…)

Certains arbres acceptent la taille et demeurent confinés des années durant dans de maigres pots. C’est le cas de mon érable, rien ne l’empêche d’épancher sa pourpre au printemps. On dirait même que la contrainte le sublime, le pousse à la perfection. Ça pointe d’abord de minuscules boutons sur le bois qu’on croit mort, et puis ça croît d’heure en heure, devient petites ailes de papillon. Le rouge s’empare du lot, domine le patio.
Profiter, profiter, ça ne dure qu’une grosse semaine. Pourquoi donc faut-il qu’ensuite ça vire au vert ?

J’aurais adoré jouir de cette force flambante tout au long de la saison, si bien assortie aux rideaux.

Photographie : ©FR, 2012

nature morte, Richarme (6)

Deuxième rendez-vous le dimanche 14 novembre 2010, à 18h au Château des Évêques à Lavérune, dans la salle italienne
LECTURE-CONCERT
avec Frédéric TARI (compositions, violon & piano) et Françoise RENAUD (textes & voix)

(accrochage au Musée Hofer Bury jusqu’au 14 novembre, consulter l’article Midi Libre du 08/11/2010)

« Richarme s’est toujours occupée de natures mortes, c’est un fait. Impossible pour elle de faire l’économie d’un travail qui réclamait un dessin irréprochable.

Au commencement, sur les conseils de sa mère elle s’était exercée à traduire les sujets qui lui tombaient sous les yeux. Dans son logis d’Annecy, elle avait étudié les bouquets et les objets chinois intégrés dans son décor. Pas besoin d’aller chercher ailleurs. Les éléments l’intéressaient pour leur forme, leur couleur, leur matière, ou les trois à la fois. Au fil des années elle avait accumulé quantité de pots, vases, flacons, cruches, bouteilles, bougies, théières susceptibles de servir ses projets – l’escalier de Psalmodie est d’ailleurs orné d’un objet en poterie à chaque marche. Également des boîtes, des ficelles, des papiers d’emballage qu’elle récupérait ci et là et dont elle se servait pour l’animation des fonds.

Car voilà l’un de ses petits secrets d’atelier : des papiers calés à l’arrière des objets qui mettaient leurs motifs et leurs moirures au service de la composition.

Une tablette en bois lui servait de scène, toujours placée à gauche du chevalet pour recevoir la lumière du nord.

C’est sur cette tablette qu’elle agençait avec minutie les pièces du puzzle jusqu’à répondre aux besoins du tableau en train de naître. La préparation pouvait durer plusieurs jours. Des fleurs, des fruits du jardin ou de simples légumes rapportés du marché pouvaient servir de déclencheur. Si c’était le cas, elle se les appropriait sur le champ et les montait dans son atelier. »

extrait du récit Au-delà du blanc, FR© 2010

“Nature morte aux grenades”, détail, huile sur toile, 40 x 50 cm

l’avion rouge, 1963 – Richarme (2)

« La lumière fascine, l’inconnu effraie.
Tous les rouges sont présents, gamme des carmins et des bruns jusqu’au noir, suite des vermillons, roses et gris-rose jusqu’au blanc.
La diagonale s’affirme telle une ligne de force et de contraste où viennent se confronter, se choquer les deux mondes.
Le jour et la nuit, le clair et l’obscur, la tranquillité et l’angoisse procurent une sorte d’équilibre au tableau. L’avion n’est qu’une carcasse fragile livrée aux fantaisies de l’air et aux tempêtes imprévisibles. Un sentiment s’affirme : celui que la personne humaine traverse de multiples épreuves au cours de son existence minuscule et ne s’élève qu’avec difficulté. Et si toutefois elle y parvient, elle rencontre le feu − le divin − et s’y brûle les ailes, sa présence demeurant quoi qu’il arrive insignifiante en des régions aussi hostiles, hantées d’orages terrifiants et de vents galactiques.

L’avion rouge préfigure le vif intérêt qu’elle développera plus tard pour les éléments qui animent le ciel ou la mer, éléments capables de structurer l’espace immense. »

extrait de l’ouvrage Au-delà du blanc – Richarme (1904-1991)
F.R. ©, à paraître chez CLC éditions, 2010

L’avion rouge, huile sur toile, 1963, 80 x 40