érable

(puisé dans mon carnet de notes, printemps 2012…)

Certains arbres acceptent la taille et demeurent confinés des années durant dans de maigres pots. C’est le cas de mon érable, rien ne l’empêche d’épancher sa pourpre au printemps. On dirait même que la contrainte le sublime, le pousse à la perfection. Ça pointe d’abord de minuscules boutons sur le bois qu’on croit mort, et puis ça croît d’heure en heure, devient petites ailes de papillon. Le rouge s’empare du lot, domine le patio.
Profiter, profiter, ça ne dure qu’une grosse semaine. Pourquoi donc faut-il qu’ensuite ça vire au vert ?

J’aurais adoré jouir de cette force flambante tout au long de la saison, si bien assortie aux rideaux.

Photographie : ©FR, 2012

blanc premier, Richarme (9)

Blanc premier de la neige.
Blanc primitif qui enlumine les membrures d’hiver.
À la fonte, il s’infiltre dans les limbes de la terre pour y couver à la façon d’une lave, un jour s’ébroue et se hisse par la sève des troncs noirs pour rejaillir en fleurs, plus tard en chair de fruit − amandiers, cerisiers.

La voix des pétales est si blanche —  certaines toiles du peintre Richarme le racontent — tel écho à la neige des saisons précédentes, ô sublime prolongement, métamorphose.

Ainsi le grand silence blanc abrite les autres matières blanches, éternisant le cycle des deuils et des renaissances.

Sapins enneigés, Richarme, 1982 (huile sur toile, détail)

printemps, Richarme (8)

Cet extrait sera lu lors de la lecture-concert du mercredi 2 février 2011, à 18h30, galerie Saint Ravy à Montpellier. La voix de l’écrivain sera accompagnée par Isabelle Toutain à la harpe.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le paysage méridional ne l’avait pas séduite d’emblée, simplement il se trouvait là, à sa portée, et elle ne pouvait faire autrement que de le voir, raison pour laquelle elle avait entrepris de le peindre.
Peu à peu différents éléments l’avaient touchée. Pour commencer, la lumière dont elle allait étudier les variations et les subtilités,
la terre âpre et rouge,
les arbres adaptés aux sols pauvres, les herbes sauvages, les fruits, les coquelicots, les étangs, les nuages,
et puis les sauterelles au contact étrange,
les frelons, les cétoines,
et aussi les oiseaux.

Pendant l’hiver 1956 il y en avait beaucoup qui mouraient, le froid était si vif. Et comme ils gisaient devant elle, elle les peignait. Pourtant jamais d’elle-même elle n’aurait décidé de prendre pour sujet d’aussi tendres cadavres si les circonstances ne le lui avaient pas indiqué. Eh bien pour les amandiers, c’était un peu la même chose. Les fleurs revenaient chaque année, du coup elle ressentait le devoir de les saisir.
« Ah maintenant, il me faut faire les amandiers ! »

En vérité, un certain nombre d’années s’étaient écoulées avant qu’elle n’accordât un réel intérêt à cette effervescence qui marquait la fin de la saison froide. Quelquefois elle disait souffrir du fait que le pays calcaire soit si sec, si épineux. Elle rêvait de prairies grasses, de vaches en train de paître, une soif de vert liée au pays de Savoie où elle avait vécu avec sa mère à leur retour de Chine, « une fringale qui la tiraillait ». Ce tourment avait forcément modifié son regard, le rendant plus perméable encore au déferlement des fleurs immaculées à travers la campagne sèche et anesthésiée par l’hiver.

extrait du récit Au-delà du blanc, FR© 2010

“Amandiers à La Vignette”, détail, huile sur toile, 50 x 65 cm

impressions de printemps

Il s’agit du deuxième volet des accrochages accompagnant le livre Au-delà du blanc. Cette fois, un cheminement à travers  les printemps.
Quelques toiles choisies parmi celles, très nombreuses, consacrées par Richarme à ce thème permettront de suivre son évolution de 1941 à 1973.

La lecture-concert du 2 février – avec la harpiste Isabelle Toutain – proposera également des fragments sur ce thème.

L’événement est organisé en collaboration avec EV’A.

neige et fleurs, Richarme (7)

agenda de Richarme – 18 février 1948

“C’est un matin glacial tout fleuri d’ironie. Les amandiers sont en fleurs. L’allée est un rail de laurier-tin tous blancs d’ombelles. La nature offre un décor de Fête-Dieu d’une blancheur idéale… et le vent souffle pince-mord. Il neige… on ne sait quoi, est-ce un flocon … ? est-ce un pétale… ? et je vois lentement mourir les nacres du rêve sous la neige froide et la morsure de l’implacable réel.”

mon agenda – mars 2008

“Comme tout mortel, la matière du temps l’avait ridée rongée elle aussi, femme artiste jusqu’au bout des ongles. Mais la chute subite de la neige, les printemps naissants, la débauche des fleurs qui marquaient la fin des hivers la bouleversaient toujours intensément. Avec ça, elle était à l’affût des ciels, des nuages, des  lumières insolites par-dessus les étangs. Parfois elle s’effondrait, perdait l’espoir d’un coup. Et puis un jour nouveau arrivait. Elle repartait à l’assaut de sa toile. Il n’y avait guère que ça qui comptait, ce chemin brûlant entre froid et brûlure…”

Neige, 1981, gouache,  27 x 35 cm