Old Delhi

Old Delhi — un monde en soi.
Elle est poussiéreuse. Bourdonnante. Dotée d’un décor fastueux comme toutes les vieilles citadelles de ces provinces. Comment s’y prendre pour la décrire ? Il faudrait être peintre pour restituer cet invraisemblable écheveau de matière qui la constitue entre brique et tournesol. Oui, seul un artiste saurait fixer sur la toile ce qui effraie et fascine en cet endroit : cette étrangeté, cette grâce de l’Inde, captive entre ruines et modernité.
Old Delhi est l’âme gracieuse de l’Inde, formidable Babel de terre et de chair.
Et c’est à force d’âge qu’elle est devenue un élément constitutif de la nature au même titre qu’une falaise ou une vallée fabuleuse. Il est d’ailleurs possible de relever sur son corps des indices de sédimentation, de mutation et d’usure tandis qu’elle se désagrège à la cadence d’un récif offert à l’éternelle marée.

Son territoire : investi du sol aux étages par les activités commerciales. Nul recoin pour échapper au grouillement, silhouettes animées de mouvements incessants.
Ses bâtiments : ils sont si délabrés qu’ils paraissent se soutenir les uns les autres, ployant sous la charge de l’histoire et de ses habitants innombrables. Si une seule de ses façades s’écroulait, probable que les autres suivraient.
Impression de vestiges.
La ville n’est qu’un château de cartes fragile.
Imbriqués au croisement des passages tortueux, des petits oratoires et des temples hindouistes, bouddhistes ou Djaïns avec leur lot d’offrandes. Aussi des églises Sikhs.
Même diversité pour les personnes qui y vivent et circulent, races et confessions mêlées.

Par-dessus le lacis de venelles, il y a de longues jetées de ciel. D’un bleu limpide.

extrait du roman L’Autre Versant du monde, CLC éditions, 2010

photographie de Bernard Mauric ©