blanc premier, Richarme (9)

Blanc premier de la neige.
Blanc primitif qui enlumine les membrures d’hiver.
À la fonte, il s’infiltre dans les limbes de la terre pour y couver à la façon d’une lave, un jour s’ébroue et se hisse par la sève des troncs noirs pour rejaillir en fleurs, plus tard en chair de fruit − amandiers, cerisiers.

La voix des pétales est si blanche —  certaines toiles du peintre Richarme le racontent — tel écho à la neige des saisons précédentes, ô sublime prolongement, métamorphose.

Ainsi le grand silence blanc abrite les autres matières blanches, éternisant le cycle des deuils et des renaissances.

Sapins enneigés, Richarme, 1982 (huile sur toile, détail)

printemps, Richarme (8)

Cet extrait sera lu lors de la lecture-concert du mercredi 2 février 2011, à 18h30, galerie Saint Ravy à Montpellier. La voix de l’écrivain sera accompagnée par Isabelle Toutain à la harpe.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le paysage méridional ne l’avait pas séduite d’emblée, simplement il se trouvait là, à sa portée, et elle ne pouvait faire autrement que de le voir, raison pour laquelle elle avait entrepris de le peindre.
Peu à peu différents éléments l’avaient touchée. Pour commencer, la lumière dont elle allait étudier les variations et les subtilités,
la terre âpre et rouge,
les arbres adaptés aux sols pauvres, les herbes sauvages, les fruits, les coquelicots, les étangs, les nuages,
et puis les sauterelles au contact étrange,
les frelons, les cétoines,
et aussi les oiseaux.

Pendant l’hiver 1956 il y en avait beaucoup qui mouraient, le froid était si vif. Et comme ils gisaient devant elle, elle les peignait. Pourtant jamais d’elle-même elle n’aurait décidé de prendre pour sujet d’aussi tendres cadavres si les circonstances ne le lui avaient pas indiqué. Eh bien pour les amandiers, c’était un peu la même chose. Les fleurs revenaient chaque année, du coup elle ressentait le devoir de les saisir.
« Ah maintenant, il me faut faire les amandiers ! »

En vérité, un certain nombre d’années s’étaient écoulées avant qu’elle n’accordât un réel intérêt à cette effervescence qui marquait la fin de la saison froide. Quelquefois elle disait souffrir du fait que le pays calcaire soit si sec, si épineux. Elle rêvait de prairies grasses, de vaches en train de paître, une soif de vert liée au pays de Savoie où elle avait vécu avec sa mère à leur retour de Chine, « une fringale qui la tiraillait ». Ce tourment avait forcément modifié son regard, le rendant plus perméable encore au déferlement des fleurs immaculées à travers la campagne sèche et anesthésiée par l’hiver.

extrait du récit Au-delà du blanc, FR© 2010

“Amandiers à La Vignette”, détail, huile sur toile, 50 x 65 cm