chaussée noire de pluie (3/5)

feuilleton en 5 épisodes illustrés par 5 stations photographiques de Joëlle Colomar

L’inspecteur Maigre et son assistant Juval vont s’intéresser aux amants occasionnels d’Éva. Un étudiant, un pianiste, un banquier divorcé, un commercial en lingerie fine. Tous semblent déroutés par l’annonce de sa mort. Ils ont le regard qui fuit et les mains qui se tordent, posées sur leurs genoux. Oui, ils l’avouent, ils ont joui de son corps — et même plusieurs fois. Difficile de repousser une femme comme elle, vous comprenez. C’est après que ça tournait mal, confient-ils aux enquêteurs, à cause de son insistance, pas moyen de s’en dépêtrer. Mais non, ils ne connaissaient pas son mari. Peut-être qu’une fois elle avait murmuré quelque chose à propos de sa vie personnelle, de son couple, elle avait dit qu’entre eux c’était fini, que lui ne l’avait jamais aimé, jamais. Mais ils ne l’écoutaient pas vraiment, ne se souciaient que de sa chair désirable — disponible.

Alex reconnaît le corps à la morgue en présence de Juval tandis que le conducteur est entendu par Maigre.
Puis c’est le tour du barman. Il affirme avoir vu quelqu’un s’enfuir dans la minute après le choc, un homme d’allure jeune. Impossible de décrire les vêtements qu’il portait.

Dans l’agenda, on peut lire le nom de l’étudiant au jour de l’accident. Interrogé une deuxième fois, il bafouille, assure qu’il n’est pas allé au rendez-vous. En fait il est amoureux d’une autre fille et ne voulait pas gâcher ses chances. Le musicien ne jouait pas ce soir-là. Il marchait dans la nuit parce qu’il aime la solitude, de toute façon elle n’était pas son genre quand bien même très belle. Quant aux autres, ils semblent hors de cause d’après Juval.

Pourtant, ce corps parfait — fougère fragile — poussé sur la chaussée noire de pluie, assassiné.

Texte : FR ©, décembre 2010
Photographie : Gracile, de Joëlle Colomar