peau tendre

- Alors ça commence quand ? J’en ai marre maintenant.
- Ils attendent la nuit, j’te dis, sinon ça fait moins d’effet.
- Ah bon, tu crois ?

Une histoire de nuit, de soleil enfui. En bref, une histoire de temps qui passe trop lentement pour les enfants, perception ajustée au nombre d’années qu’ils ont connues et à l’envie de mordre.
Ils ont la peau tendre parcourue de sang bleu, ils ont envie d’en voir davantage, ils ne connaissent pas la patience.

Bientôt des feux explosent au-dessus de leurs têtes, pareils à des poulpes géants, des pluies de météorites, des gerbes d’or et de sang. Pour une première navigation dans les dédales de la matière cosmique, ça y va fort. Mais les enfants adorent être surpris, effrayés même — ils le désirent tellement qu’ils le disent dans leur sommeil.
Et ils partent plus haut plus fort, portés par les nuages du monde.
Au matin ils ouvrent les yeux, chaque nuit les referment.
À toute allure ils vieillissent. Paul, Enzo. Elle aussi.

Le retour du silence après le bouquet final laisse flotter une espèce de sourire sur les visages éprouvés, ruinés.
La lumière devient vestige, empreinte dans la mémoire de bronze.

Texte d’une variation « Métamorphose du portrait »
Photographies de Marc Dantan
(publié dans le magazine de Autour des Auteurs, mars 2008)


moine au bord de la mer

L’homme occupe le centre du paysage. Tout est calme. La nature du monde l’étreint. Il ressent la profondeur du ciel. Et, au-delà, le cosmos.
Sa silhouette paraît minuscule, c’est vrai, pourtant c’est lui qui regarde.

Mer sombre.
Blanc coquiller du sable au premier plan.
Subtils dégradés de bleus gris beiges depuis l’horizon jusqu’au cœur du ciel.
Sans doute que cet homme médite, qu’il a envie de prendre la mer, qu’il attend la nuit ou l’imprévisible transformation des nuages. Son corps oscille au fil de la marche. Il s’arrête, contemple, déchiffre la surface de l’eau, goûte l’instant, puis repart en suivant scrupuleusement le bord de la petite vague. A son gré. Il marche. Il contemple. Et, par son simple regard, prête existence aux choses.

Souvent nous marchons ainsi au fil de la mer.
La mer nous attire tous dans bien des situations, elle réconforte, permet à l’esprit de divaguer alors que le corps est occupé par le rythme lent du pas.

J’ai un réel penchant pour ces toiles de Caspar David Friedrich où l’être humain devient la conscience du paysage. Le peintre semble avoir mobilisé ses forces d’une façon nouvelle, sa main est pure, transcendée par la puissance d’une vision intérieure.

Monk by the sea, Caspar David Friedrich,1809-1810 (huile sur toile, 110 x 172)

atmosphère – Richarme (11)

vendredi 5 août 2011, à 11h

À l’occasion de l’accrochage du peintre RICHARME sur le thème des ciels, une rencontre-lecture aura lieu à la librairie PAROLI autour de mon ouvrage ‘Au-delà du blanc’. Elle sera conduite par Sophie Meyer.

Les œuvres seront décrochées le dimanche 4 septembre.

libraire Paroli
rue des Martyrs, Minerve (34)
contact : (04) 68 49 82 54

l’avion rouge, 1963 – Richarme (2)

« La lumière fascine, l’inconnu effraie.
Tous les rouges sont présents, gamme des carmins et des bruns jusqu’au noir, suite des vermillons, roses et gris-rose jusqu’au blanc.
La diagonale s’affirme telle une ligne de force et de contraste où viennent se confronter, se choquer les deux mondes.
Le jour et la nuit, le clair et l’obscur, la tranquillité et l’angoisse procurent une sorte d’équilibre au tableau. L’avion n’est qu’une carcasse fragile livrée aux fantaisies de l’air et aux tempêtes imprévisibles. Un sentiment s’affirme : celui que la personne humaine traverse de multiples épreuves au cours de son existence minuscule et ne s’élève qu’avec difficulté. Et si toutefois elle y parvient, elle rencontre le feu − le divin − et s’y brûle les ailes, sa présence demeurant quoi qu’il arrive insignifiante en des régions aussi hostiles, hantées d’orages terrifiants et de vents galactiques.

L’avion rouge préfigure le vif intérêt qu’elle développera plus tard pour les éléments qui animent le ciel ou la mer, éléments capables de structurer l’espace immense. »

extrait de l’ouvrage Au-delà du blanc – Richarme (1904-1991)
F.R. ©, à paraître chez CLC éditions, 2010

L’avion rouge, huile sur toile, 1963, 80 x 40