Archive for the Category Richarme

 
 

atmosphère – Richarme (11)

vendredi 5 août 2011, à 11h

À l’occasion de l’accrochage du peintre RICHARME sur le thème des ciels, une rencontre-lecture aura lieu à la librairie PAROLI autour de mon ouvrage ‘Au-delà du blanc’. Elle sera conduite par Sophie Meyer.

Les œuvres seront décrochées le dimanche 4 septembre.

libraire Paroli
rue des Martyrs, Minerve (34)
contact : (04) 68 49 82 54

Richarme à Minerve (10)

Ciel en Languedoc augure en 1949 de l’œuvre en gestation.
Extase des cieux par-dessus la plaine hérissée de rochers sombres. Une clarté surnaturelle inonde le cœur laiteux des nuages ourlé de bleu vif et d’orangé.
On croit à un mirage.
Rien n’arriverait sans la couleur blanche.

extrait du récit Au-delà du blanc, FR© 2010
Orage à Talmont, détail, huile sur toile, 1984

La peinture de RICHARME est exposée à MINERVE, petit village cathare aux confins de l’Hérault – à la librairie PAROLI, rue des Martyrs. L’accrochage s’intitule ATMOSPHERE.

Du 3 juillet au 4 septembre.

blanc premier, Richarme (9)

Blanc premier de la neige.
Blanc primitif qui enlumine les membrures d’hiver.
À la fonte, il s’infiltre dans les limbes de la terre pour y couver à la façon d’une lave, un jour s’ébroue et se hisse par la sève des troncs noirs pour rejaillir en fleurs, plus tard en chair de fruit − amandiers, cerisiers.

La voix des pétales est si blanche —  certaines toiles du peintre Richarme le racontent — tel écho à la neige des saisons précédentes, ô sublime prolongement, métamorphose.

Ainsi le grand silence blanc abrite les autres matières blanches, éternisant le cycle des deuils et des renaissances.

Sapins enneigés, Richarme, 1982 (huile sur toile, détail)

printemps, Richarme (8)

Cet extrait sera lu lors de la lecture-concert du mercredi 2 février 2011, à 18h30, galerie Saint Ravy à Montpellier. La voix de l’écrivain sera accompagnée par Isabelle Toutain à la harpe.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le paysage méridional ne l’avait pas séduite d’emblée, simplement il se trouvait là, à sa portée, et elle ne pouvait faire autrement que de le voir, raison pour laquelle elle avait entrepris de le peindre.
Peu à peu différents éléments l’avaient touchée. Pour commencer, la lumière dont elle allait étudier les variations et les subtilités,
la terre âpre et rouge,
les arbres adaptés aux sols pauvres, les herbes sauvages, les fruits, les coquelicots, les étangs, les nuages,
et puis les sauterelles au contact étrange,
les frelons, les cétoines,
et aussi les oiseaux.

Pendant l’hiver 1956 il y en avait beaucoup qui mouraient, le froid était si vif. Et comme ils gisaient devant elle, elle les peignait. Pourtant jamais d’elle-même elle n’aurait décidé de prendre pour sujet d’aussi tendres cadavres si les circonstances ne le lui avaient pas indiqué. Eh bien pour les amandiers, c’était un peu la même chose. Les fleurs revenaient chaque année, du coup elle ressentait le devoir de les saisir.
« Ah maintenant, il me faut faire les amandiers ! »

En vérité, un certain nombre d’années s’étaient écoulées avant qu’elle n’accordât un réel intérêt à cette effervescence qui marquait la fin de la saison froide. Quelquefois elle disait souffrir du fait que le pays calcaire soit si sec, si épineux. Elle rêvait de prairies grasses, de vaches en train de paître, une soif de vert liée au pays de Savoie où elle avait vécu avec sa mère à leur retour de Chine, « une fringale qui la tiraillait ». Ce tourment avait forcément modifié son regard, le rendant plus perméable encore au déferlement des fleurs immaculées à travers la campagne sèche et anesthésiée par l’hiver.

extrait du récit Au-delà du blanc, FR© 2010

“Amandiers à La Vignette”, détail, huile sur toile, 50 x 65 cm

impressions de printemps

Il s’agit du deuxième volet des accrochages accompagnant le livre Au-delà du blanc. Cette fois, un cheminement à travers  les printemps.
Quelques toiles choisies parmi celles, très nombreuses, consacrées par Richarme à ce thème permettront de suivre son évolution de 1941 à 1973.

La lecture-concert du 2 février - avec la harpiste Isabelle Toutain – proposera également des fragments sur ce thème.

L’événement est organisé en collaboration avec EV’A.

neige et fleurs, Richarme (7)

agenda de Richarme – 18 février 1948

“C’est un matin glacial tout fleuri d’ironie. Les amandiers sont en fleurs. L’allée est un rail de laurier-tin tous blancs d’ombelles. La nature offre un décor de Fête-Dieu d’une blancheur idéale… et le vent souffle pince-mord. Il neige… on ne sait quoi, est-ce un flocon … ? est-ce un pétale… ? et je vois lentement mourir les nacres du rêve sous la neige froide et la morsure de l’implacable réel.”

mon agenda – mars 2008

“Comme tout mortel, la matière du temps l’avait ridée rongée elle aussi, femme artiste jusqu’au bout des ongles. Mais la chute subite de la neige, les printemps naissants, la débauche des fleurs qui marquaient la fin des hivers la bouleversaient toujours intensément. Avec ça, elle était à l’affût des ciels, des nuages, des  lumières insolites par-dessus les étangs. Parfois elle s’effondrait, perdait l’espoir d’un coup. Et puis un jour nouveau arrivait. Elle repartait à l’assaut de sa toile. Il n’y avait guère que ça qui comptait, ce chemin brûlant entre froid et brûlure…”

Neige, 1981, gouache,  27 x 35 cm

nature morte, Richarme (6)

Deuxième rendez-vous le dimanche 14 novembre 2010, à 18h au Château des Évêques à Lavérune, dans la salle italienne
LECTURE-CONCERT
avec Frédéric TARI (compositions, violon & piano) et Françoise RENAUD (textes & voix)

(accrochage au Musée Hofer Bury jusqu’au 14 novembre, consulter l’article Midi Libre du 08/11/2010)

« Richarme s’est toujours occupée de natures mortes, c’est un fait. Impossible pour elle de faire l’économie d’un travail qui réclamait un dessin irréprochable.

Au commencement, sur les conseils de sa mère elle s’était exercée à traduire les sujets qui lui tombaient sous les yeux. Dans son logis d’Annecy, elle avait étudié les bouquets et les objets chinois intégrés dans son décor. Pas besoin d’aller chercher ailleurs. Les éléments l’intéressaient pour leur forme, leur couleur, leur matière, ou les trois à la fois. Au fil des années elle avait accumulé quantité de pots, vases, flacons, cruches, bouteilles, bougies, théières susceptibles de servir ses projets – l’escalier de Psalmodie est d’ailleurs orné d’un objet en poterie à chaque marche. Également des boîtes, des ficelles, des papiers d’emballage qu’elle récupérait ci et là et dont elle se servait pour l’animation des fonds.

Car voilà l’un de ses petits secrets d’atelier : des papiers calés à l’arrière des objets qui mettaient leurs motifs et leurs moirures au service de la composition.

Une tablette en bois lui servait de scène, toujours placée à gauche du chevalet pour recevoir la lumière du nord.

C’est sur cette tablette qu’elle agençait avec minutie les pièces du puzzle jusqu’à répondre aux besoins du tableau en train de naître. La préparation pouvait durer plusieurs jours. Des fleurs, des fruits du jardin ou de simples légumes rapportés du marché pouvaient servir de déclencheur. Si c’était le cas, elle se les appropriait sur le champ et les montait dans son atelier. »

extrait du récit Au-delà du blanc, FR© 2010

“Nature morte aux grenades”, détail, huile sur toile, 40 x 50 cm

accrochages, Richarme (5)

Quatre accrochages se tiendront en quatre lieux différents entre novembre 2010 et octobre 2011. Conçus comme éphémères, ils proposeront la déclinaison thématique rencontré dans mon récit Au-delà du blanc, instaurant un dialogue entre l’œuvre peinte de Colette Richarme et l’ouvrage écrit.

À suivre pas à pas…

Premier rendez-vous entre le 6 et le 14 novembre 2010 au Musée HOFER BURY – LAVÉRUNE (vernissage le vendredi 5 à 18h30)

neige, Richarme (4)

(au 8 mars 2008 dans mon carnet de notes)

Un projet difficile que de capturer la vie de quelqu’un dans la sienne, de se glisser dans une posture entre passé et présent déjà en train de se dissoudre — j’en ai conscience. Parfois je me dis que je vais rester à la surface des choses, parcourir seulement la carapace comme l’oiseau qui attaque une écorce, y dénichant  un ver ou une graine de la dernière saison. Essayer au moins. Cerner cette soif de blanc qu’elle avait…

J’aimerais apprendre le dénuement pour pénétrer son cœur d’artiste. J’aimerais avoir des phrases tendres pour elle comme si je lui devais déjà de m’avoir instruite sur des parts de moi-même.

L’écriture avance à mesure du temps qui coule, m’éloignant de la date de son décès.


“Probable que les éléments fluides entraient en résonance avec ses mondes intérieurs et sur un mode inédit. Par exemple elle éprouvait une joie intime lorsque la neige tombait, précipitation qui habitait l’espace, donnait du flou au paysage et un drôle de poids au silence.

En février 1948, elle écrit : «  Il neige, on ne sait quoi : est-ce un flocon ? est-ce un pétale ? Et je vois lentement mourir les nacres du rêve. »

Elle ressentait cette capacité de la matière blanche à préserver l’espace personnel, protéger le secret. Sûrement pour ça que les floraisons, les nuages, les eaux, les vagues, les brumes étaient devenus ses sujets sans qu’elle eût besoin d’en décider. Ils faisaient partie d’elle avant même que son corps ne les eût perçus, avant même que ses yeux ne les eussent reconnus. Ils étaient tapis dans sa nuit.”

extrait du récit Au-delà du blanc, FR©, CLC éditions, 2010

Arbres sous la neige” (détail), gouache, 35,5 x 23

portrait, Richarme (3)

« Bien sûr, l’art sous toutes ses formes la passionnait. Elle avait étudié les œuvres peintes depuis Fra Angelico jusqu’à Picasso. Avait lu aussi bien Anna de Noailles que Rainer Maria Rilke ou Colette. Était allée au théâtre, au concert aussi souvent que possible. Opéras et symphonies la ravissaient pourvu que l’interprétation fût bonne. Beethoven, Berlioz, Rachmaninov, tant d’autres.
En résumé elle avait un cœur large.
Bien campée sur la terre, elle était comme un roc, un pilier. Elle était comme une force.
Une seule chose l’inquiétait : le devenir de ses filles quand elle serait partie. »

FR © – fragment de Au-delà du blanc – Richarme (1904-1991), récit, CLC éditions, 2010

l’avion rouge, 1963 – Richarme (2)

« La lumière fascine, l’inconnu effraie.
Tous les rouges sont présents, gamme des carmins et des bruns jusqu’au noir, suite des vermillons, roses et gris-rose jusqu’au blanc.
La diagonale s’affirme telle une ligne de force et de contraste où viennent se confronter, se choquer les deux mondes.
Le jour et la nuit, le clair et l’obscur, la tranquillité et l’angoisse procurent une sorte d’équilibre au tableau. L’avion n’est qu’une carcasse fragile livrée aux fantaisies de l’air et aux tempêtes imprévisibles. Un sentiment s’affirme : celui que la personne humaine traverse de multiples épreuves au cours de son existence minuscule et ne s’élève qu’avec difficulté. Et si toutefois elle y parvient, elle rencontre le feu − le divin − et s’y brûle les ailes, sa présence demeurant quoi qu’il arrive insignifiante en des régions aussi hostiles, hantées d’orages terrifiants et de vents galactiques.

L’avion rouge préfigure le vif intérêt qu’elle développera plus tard pour les éléments qui animent le ciel ou la mer, éléments capables de structurer l’espace immense. »

extrait de l’ouvrage Au-delà du blanc – Richarme (1904-1991)
F.R. ©, à paraître chez CLC éditions, 2010

L’avion rouge, huile sur toile, 1963, 80 x 40

naissance, Richarme (1)

Un nouvel OUVRAGE à PARAÎTRE
(dans une poignée de semaines grâce à CLC éditions)…
et à chaque fois, c’est comme une nouvelle NAISSANCE…

Mon aventure avec Colette Richarme a commencé en octobre 2007 par une visite dans un mas qu’elle a ‘habité’ pendant presque trente ans aux environs de Montpellier. Je n’avais jamais entendu son nom, pourtant j’ai eu l’impression de la connaître rien qu’en pénétrant sa maison — le hasard mène toujours fort bien son affaire ! Aujourd’hui, ce livre…

Entre récit intime et biographie, il parle d’elle. De sa vie : née en Chine au début du XXe siècle, installée en Languedoc à la fin des années trente. Il parle du courage, de la solitude, de l’engagement dans l’art… (il parle aussi de moi)

« Quelque chose d’important qu’elle s’est mise à faire dès sa jeunesse sans savoir ni pourquoi ni comment, quelque chose proche de la faim, d’une faim infiltrée dans sa poitrine depuis la nuit des temps capable de stimuler son désir de respirer, capable de modifier sa manière d’avancer de marcher de penser. Non pas une simple faim suscitée par les muscles et les organes en manque de nourriture, non. Une terrible faim capable de débusquer jusqu’aux reflets cachés dans les cellules, aux plis des chromosomes, une faim d’entrailles qui dépasse l’entendement et qui l’aurait probablement effrayée si elle en avait pris la mesure.
Pas le choix, un jour vient où l’on meurt de toute façon. »

Elle a laissé une œuvre importante constituée de dessins, gouaches, lavis et huiles sur toile. Richarme est son nom d’artiste. Son parcours pictural très personnel et sa passion pour la peinture m’ont saisie et poussée à écrire.

extrait de Au-delà du blanc, FR © – (à suivre)