pierres

[…] La pierre, omniprésente — éboulis, pierriers, dômes ventrus, falaises ruinées, chaos polis déversés dans le lit des torrents. Nécessaire de la gravir ou de la dévaler pour progresser.
La pierre, figée ou instable.
Pigmentée, fissurée, moussue.
Parfois blocs dressés pareils à des menhirs ou égarés à mi pente. Parfois simples cailloux roulés au bord des drailles. Et puis ces mêmes cailloux assemblés en clôtures, escaliers, bancels pour soutenir les terrasses. Ou encore taillées en bornes, tombes, petits sanctuaires qui rappellent les chortens tibétains.

Le voyageur croit à des zones sauvages.
En vérité des hommes ont vécu là depuis le néolithique, élaborant à l’appui d’éperons rocheux des fortifications primitives bien avant la conquête romaine. Les constructions visibles sur les versants semblent avoir été engendrées par le lieu même : fermes, mas, chazelles, fours à pain, clèdes à sécher les châtaignes.
En pays cévenol les hommes ont contribué de tout temps à façonner le paysage. Une autre forme de nature. […]

Extrait du roman Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages, © FR 2008
Photographie © FR

l’arbre est un vaisseau bruissant d’oiseaux

Une lecture de fragments de ce roman aura lieu dimanche 5 juin 2011 à 17h30 à Goudargues (Gard) lors de la 3ème Journée du Livre sur les quais

En vérité l’arbre n’était pas un cyprès, mais un Pinus lambertiana de la plus belle espèce, plutôt rare en cette province. Et Martha remit les choses au point sitôt que l’occasion s’en présenta, c’est-à-dire qu’elle désigna l’arbre sous son vrai nom afin que les enfants s’en souviennent.Un jour qu’il pleuvait, elle en montra une planche à Hilde dans un gros livre consacré aux résineux d’Europe et d’Amérique.

Cyprès ou lambertiana, peu importait. La cachette ménagée en son cœur devenue cabane était la plus confortable qu’ils n’avaient jamais connue et les deux cousins tapèrent dans leurs mains à l’idée d’y passer une veillée à la prochaine pleine lune. Il fut convenu qu’un des chiens bergers veillerait à leur sécurité.

Dans la semaine qui suivit, leurs possessions s’augmentèrent de jumelles marines qui avaient appartenu au grand-père – un héritage en quelque sorte – et d’une malle remplie de magazines illustrés. Oh pas de vulgaires bandes dessinées pour gosses avec des dialogues idiots. Pas du tout. Il s’agissait de revues d’histoire et de géographie que Martha collectionnait quand elle était étudiante. Aussi d’archéologie et d’anthropologie avec des reproductions disposées dans des encadrements dorés : dessins, gravures, photographies. Des éditions de luxe à vous donner l’amour du papier imprimé. On avait envie de les regarder sans jamais s’arrêter.
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marcher, nous avons oublié

Nous sommes là, occupant les villes et les villages de la terre. Le soir il y a des lampadaires qui éclairent les rues. Le jour, rien que la lumière naturelle, trépidante ou terne selon la quantité de nuages qui s’en viennent du cœur de l’océan et partent à l’assaut des continents.
Nous sommes là. Nous vivons, nous marchons.
Ou plutôt nous courons, empruntons des escaliers et des tapis roulants, grimpons dans des voitures. Au fond nous ne marchons plus guère, nous sommes pressés. Certains flânent devant les vitrines des boutiques, tournent en rond comme des bêtes en cage. D’autres choisissent de gagner la campagne ou la montagne, par petits groupes — ils appellent ça randonner. En vérité nous ne marchons plus. Ou si peu. Nous ne savons plus.

Marcher sans but.

Marcher jusqu’aux frontières du pays, laissant derrière soi les villages de notre naissance sans jamais savoir si la direction est bonne ou mauvaise. Après tout peu importe où l’on va, l’essentiel reste de marcher jusqu’aux frontières de la faim et de l’épuisement pour se perdre et puis se retrouver au bout du compte.
Marcher jusqu’à rejoindre l’autre bord du désert, traverser des villes étranges et côtoyer des fleuves. Continuer la lecture de marcher, nous avons oublié

parole d’Hilarion

« Les matins de gel, y a rien qui bouge sur les rives. J’veux parler des aigrettes, des poulettes, des sarcelles, elles sont toutes à l’abri en train d’attendre que ça s’améliore. Pas un piaillement et c’est pareil au bord des étangs.
Elles en ont de l’espérance ces fichues bestioles, même si certaines crèvent aux premiers froids. La boue est dure comme du caillou, plus grise que d’habitude, et les joncs cassent comme du verre. Y a rien à becqueter et faut briser la glace pour trouver l’eau. Alors elles attendent en respirant une fois sur deux. À croire qu’elles ont ça inscrit dans leur bagage à la naissance, et même avant dans l’œuf. C’est comme les lichens, ça connaît la vie du rocher à peine ça commence à ramper.

Ma vie à moi, c’est vraiment pas grand chose.

Rien qu’une fois ça m’plairait de changer d’état, de devenir léger comme de la plume ou de la neige, blanche et douce pour ne pas heurter la peau de Milie. Oh ma gentille Milie. Quand il y aura trop de désordre je m’transformerais en neige. Ouais, c’est ça, exactement ça.

Rien d’autre à ajouter pour le moment. »

Extrait de Créatures du fleuve, roman, FR© 2004
Vague à l’âme, encre de Marie-Lydie Joffre

neige et fleurs, Richarme (7)

agenda de Richarme – 18 février 1948

“C’est un matin glacial tout fleuri d’ironie. Les amandiers sont en fleurs. L’allée est un rail de laurier-tin tous blancs d’ombelles. La nature offre un décor de Fête-Dieu d’une blancheur idéale… et le vent souffle pince-mord. Il neige… on ne sait quoi, est-ce un flocon … ? est-ce un pétale… ? et je vois lentement mourir les nacres du rêve sous la neige froide et la morsure de l’implacable réel.”

mon agenda – mars 2008

“Comme tout mortel, la matière du temps l’avait ridée rongée elle aussi, femme artiste jusqu’au bout des ongles. Mais la chute subite de la neige, les printemps naissants, la débauche des fleurs qui marquaient la fin des hivers la bouleversaient toujours intensément. Avec ça, elle était à l’affût des ciels, des nuages, des  lumières insolites par-dessus les étangs. Parfois elle s’effondrait, perdait l’espoir d’un coup. Et puis un jour nouveau arrivait. Elle repartait à l’assaut de sa toile. Il n’y avait guère que ça qui comptait, ce chemin brûlant entre froid et brûlure…”

Neige, 1981, gouache,  27 x 35 cm

nature morte, Richarme (6)

Deuxième rendez-vous le dimanche 14 novembre 2010, à 18h au Château des Évêques à Lavérune, dans la salle italienne
LECTURE-CONCERT
avec Frédéric TARI (compositions, violon & piano) et Françoise RENAUD (textes & voix)

(accrochage au Musée Hofer Bury jusqu’au 14 novembre, consulter l’article Midi Libre du 08/11/2010)

« Richarme s’est toujours occupée de natures mortes, c’est un fait. Impossible pour elle de faire l’économie d’un travail qui réclamait un dessin irréprochable.

Au commencement, sur les conseils de sa mère elle s’était exercée à traduire les sujets qui lui tombaient sous les yeux. Dans son logis d’Annecy, elle avait étudié les bouquets et les objets chinois intégrés dans son décor. Pas besoin d’aller chercher ailleurs. Les éléments l’intéressaient pour leur forme, leur couleur, leur matière, ou les trois à la fois. Au fil des années elle avait accumulé quantité de pots, vases, flacons, cruches, bouteilles, bougies, théières susceptibles de servir ses projets – l’escalier de Psalmodie est d’ailleurs orné d’un objet en poterie à chaque marche. Également des boîtes, des ficelles, des papiers d’emballage qu’elle récupérait ci et là et dont elle se servait pour l’animation des fonds.

Car voilà l’un de ses petits secrets d’atelier : des papiers calés à l’arrière des objets qui mettaient leurs motifs et leurs moirures au service de la composition.

Une tablette en bois lui servait de scène, toujours placée à gauche du chevalet pour recevoir la lumière du nord.

C’est sur cette tablette qu’elle agençait avec minutie les pièces du puzzle jusqu’à répondre aux besoins du tableau en train de naître. La préparation pouvait durer plusieurs jours. Des fleurs, des fruits du jardin ou de simples légumes rapportés du marché pouvaient servir de déclencheur. Si c’était le cas, elle se les appropriait sur le champ et les montait dans son atelier. »

extrait du récit Au-delà du blanc, FR© 2010

“Nature morte aux grenades”, détail, huile sur toile, 40 x 50 cm

hêtraie

rien que l’envie aujourd’hui de montrer ce qu’elle fait, cette femme-là, cette amie-là qui connaît la musique des reflets dans l’eau et le souffle du vent…

à l’écoute d’une hêtraie n°5, de Marie-Lydie Joffre, 2007

réalisée dans la hêtraie des cascades d’Orgon en Cévennes, 4 novembre 2007