Archive for the Category jardins

 
 

l’arbre est un vaisseau bruissant d’oiseaux

Une lecture de fragments de ce roman aura lieu dimanche 5 juin 2011 à 17h30 à Goudargues (Gard) lors de la 3ème Journée du Livre sur les quais

En vérité l’arbre n’était pas un cyprès, mais un Pinus lambertiana de la plus belle espèce, plutôt rare en cette province. Et Martha remit les choses au point sitôt que l’occasion s’en présenta, c’est-à-dire qu’elle désigna l’arbre sous son vrai nom afin que les enfants s’en souviennent.Un jour qu’il pleuvait, elle en montra une planche à Hilde dans un gros livre consacré aux résineux d’Europe et d’Amérique.

Cyprès ou lambertiana, peu importait. La cachette ménagée en son cœur devenue cabane était la plus confortable qu’ils n’avaient jamais connue et les deux cousins tapèrent dans leurs mains à l’idée d’y passer une veillée à la prochaine pleine lune. Il fut convenu qu’un des chiens bergers veillerait à leur sécurité.

Dans la semaine qui suivit, leurs possessions s’augmentèrent de jumelles marines qui avaient appartenu au grand-père – un héritage en quelque sorte – et d’une malle remplie de magazines illustrés. Oh pas de vulgaires bandes dessinées pour gosses avec des dialogues idiots. Pas du tout. Il s’agissait de revues d’histoire et de géographie que Martha collectionnait quand elle était étudiante. Aussi d’archéologie et d’anthropologie avec des reproductions disposées dans des encadrements dorés : dessins, gravures, photographies. Des éditions de luxe à vous donner l’amour du papier imprimé. On avait envie de les regarder sans jamais s’arrêter.

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l’âge des poiriers

Ces arbres ont été plantés par mon père peu avant ou peu après ma naissance — autant dire qu’ils ont le même âge que moi.

Avant chaque poussée de sève, ils ont été taillés par ses soins, bras guidés au flanc de ce mur qu’il avait lui-même construit en limite nord de sa propriété. Jamais ils n’ont manqué de fleurir — blanc pur des pétales tremblant au vent de mer —, ont porté mille fruits qui nous ont nourris, nous tous, sa famille. Compotes et confitures, tartes, gâteaux  à la couleur de l’esprit de ma mère. Et aussi crus sous l’arbre, à demi blets, tavelés et piqués de vers.
Poires d’apparence bien vilaine, c’est vrai, mais à la chair dont la suavité m’habite encore — car je suis bercée moi aussi de cette terre qui profite à être travaillée.

À présent l’homme est âgé.
Nous en sommes au point où la bascule va s’opérer. La terre est basse et le ciel a pris plus de place qu’avant.
Chaque jour il fait le tour de son domaine — et même plusieurs fois —, contemple ses fruitiers, caresse leurs membres à peau grise. Il se souvient du travail fourni pour les discipliner. Il se souvient de l’enfant morte au cours de cet hiver glacial où, graciles encore,  ils devaient pousser plus profond leurs racines. Il pense qu’aujourd’hui, personne ne peut plus mesurer ce que ça représente de temps et d’amour, des arbres comme ça pour un homme comme lui.
Au gré de sa marche, l’empreinte de ses pas se figent dans la neige tombée pendant la nuit.

“Certains ont raconté qu’en hiver ma sœur guettait le retour de mon père. Quand elle entendait du raffut dans la buanderie, elle attrapait les chaussons placés à chauffer près du fourneau et les lui apportait sitôt qu’il avait dépassé le seuil de la cuisine…”

Photographies : Dans le jardin de mon père, ©FR, 2010
Les trois dernières lignes sont extraites du roman Le Regard du Père

hêtraie

rien que l’envie aujourd’hui de montrer ce qu’elle fait, cette femme-là, cette amie-là qui connaît la musique des reflets dans l’eau et le souffle du vent…

à l’écoute d’une hêtraie n°5, de Marie-Lydie Joffre, 2007

réalisée dans la hêtraie des cascades d’Orgon en Cévennes, 4 novembre 2007

jardin (1)

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… j’ai reçu une lettre de ma mère.
Elle écrit : “Est-ce possible qu’il y ait si longtemps ?…”

composition 13 – photographie de Françoise Renaud ©

temps fournaise

Temps fournaise.
La nuit j’écris à l’envers de mon crâne – pas de répit – et je rêve de retourner ce crâne au matin telle une vulgaire chaussette pour en faire tomber des histoires bien ficelées.

Je me réveille. À nouveau les mots. Ils se bousculent. Je commence plusieurs romans à la fois, j’imagine écrire un texte tout simple pour vous dire ce début d’été, chaque élément posé, ajusté. Et puis fournaise, demi sommeil, fatigue, fièvre même. Tout s’enfuit. Ne reste que cette buée imprégnée d’odeurs de musc et de cèdre et de tout ce qui traîne de folie sous les toits pour occuper la paroi interne de mes yeux.

Elle ressemble à la buée qui se dépose dans la serre de mon père quand mûrissent certains fruits.

Je voudrais écrire, tant vous dire…

Aujourd’hui, seulement cette buée avant que ne tombe l’autre nuit, avant que ne germe l’essence d’un autre roman.

texte et photographie : FR ©