françoise renaud, photographies

regarder le monde à côté

neige, Richarme (4)

(au 8 mars 2008 dans mon carnet de notes)

Un projet difficile que de capturer la vie de quelqu’un dans la sienne, de se glisser dans une posture entre passé et présent déjà en train de se dissoudre — j’en ai conscience. Parfois je me dis que je vais rester à la surface des choses, parcourir seulement la carapace comme l’oiseau qui attaque une écorce, y dénichant  un ver ou une graine de la dernière saison. Essayer au moins. Cerner cette soif de blanc qu’elle avait…

J’aimerais apprendre le dénuement pour pénétrer son cœur d’artiste. J’aimerais avoir des phrases tendres pour elle comme si je lui devais déjà de m’avoir instruite sur des parts de moi-même.

L’écriture avance à mesure du temps qui coule, m’éloignant de la date de son décès.


“Probable que les éléments fluides entraient en résonance avec ses mondes intérieurs et sur un mode inédit. Par exemple elle éprouvait une joie intime lorsque la neige tombait, précipitation qui habitait l’espace, donnait du flou au paysage et un drôle de poids au silence.

En février 1948, elle écrit : «  Il neige, on ne sait quoi : est-ce un flocon ? est-ce un pétale ? Et je vois lentement mourir les nacres du rêve. »

Elle ressentait cette capacité de la matière blanche à préserver l’espace personnel, protéger le secret. Sûrement pour ça que les floraisons, les nuages, les eaux, les vagues, les brumes étaient devenus ses sujets sans qu’elle eût besoin d’en décider. Ils faisaient partie d’elle avant même que son corps ne les eût perçus, avant même que ses yeux ne les eussent reconnus. Ils étaient tapis dans sa nuit.”

extrait du récit Au-delà du blanc, FR©, CLC éditions, 2010

Arbres sous la neige” (détail), gouache, 35,5 x 23

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2 Commentaires

  1. daligault corinne 23 octobre 2010

    j’ai ressenti de l’émotion en lisant ce texte j’ai envie de lire ce livre, qui me touche au-dedans, d’une profondeur inouïe…
    pourquoi cela me rend-t-il si vulnérable !

    • françoise renaud 23 octobre 2010 — Auteur d'un article

      il s’est passé quelque chose au cours de ces trois années de travail
      toujours l’image de cette femme en arrière de ma tête, quelque part œuvrant et pénétrant mon univers personnel un peu plus chaque jour, se fondant finalement dans le texte, devenant mienne…
      ainsi les livres s’écrivent, dans la concentration et l’espoir…
      f

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