{"id":439,"date":"2010-08-31T10:34:34","date_gmt":"2010-08-31T08:34:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/?p=439"},"modified":"2013-05-14T11:24:56","modified_gmt":"2013-05-14T10:24:56","slug":"matindeneige","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/2010\/08\/matindeneige\/","title":{"rendered":"matin de neige"},"content":{"rendered":"<p style=\"margin-top: 20px; text-align: justify;\"><em> <\/em><a href=\"http:\/\/plumerandfpeintures.blogspot.com\/\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-440\" style=\"border: 2px solid black; margin: 0.5px;\" title=\"filleduMarais\" src=\"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2010\/08\/filleduMarais.jpg\" alt=\"\" width=\"376\" height=\"488\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"margin-top: 20px; text-align: justify;\">Certains moments demeurent dans la m\u00e9moire des hommes \u00e0 cause de la douleur ou de la beaut\u00e9, ils deviennent \u00e9v\u00e9nements puis rep\u00e8res \u00e0 mesure des ann\u00e9es qui s\u2019accumulent \u00e0 leur suite.<\/p>\n<p>Ce matin de neige \u00e9tait de ceux-l\u00e0. Le monde \u00e9tait boulevers\u00e9 \u00e0 cause de la beaut\u00e9, toutefois d\u2019un calme absolu, et tandis que les oiseaux grattaient les fins cristaux \u00e0 la recherche de graines ou de d\u00e9bris de coquilles, la jeune fille\u00a0\u2014 unique actrice de la sc\u00e8ne \u2014 percevait avec une acuit\u00e9 exceptionnelle l\u2019anciennet\u00e9 de ces bois qui n\u2019appartenaient \u00e0 personne sinon aux animaux qui les aimaient et les habitaient, entrevoyait la longue histoire grav\u00e9e au c\u0153ur des s\u00e9diments sous de multiples formes : plissements, fractures, min\u00e9raux, fossiles d\u2019insectes ou de poissons, et tandis qu\u2019elle r\u00e9fl\u00e9chissait \u00e0 l\u2019existence qu\u2019elle conduisait au c\u0153ur de cette nature, front pliss\u00e9 et visage grave, le vent passait sur le sol glac\u00e9 et la pin\u00e7ait sous la chemise en flanelle. Elle semblait ne rien sentir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle se d\u00e9cida pourtant \u00e0 rentrer, s\u2019habilla chaudement et s\u2019affaira \u00e0 ses besognes. Contrairement \u00e0 son habitude elle choisit d\u2019abandonner le seau rempli de cendres devant la cabane le temps de rentrer son bois, fagots et b\u00fbches en quantit\u00e9 suffisante pour deux trois jours, ensuite se d\u00e9p\u00eacha d\u2019allumer un feu pour se faire chauffer du caf\u00e9. Elle le but en regardant les flammes. Quand elle e\u00fbt termin\u00e9 elle remplit un r\u00e9cipient avec de la neige et le disposa au bord des braises. L\u2019eau de la citerne s\u2019\u00e9coulait difficilement, elle devait \u00eatre gel\u00e9e, c\u2019est alors qu\u2019elle d\u00e9cida de se rendre au trou \u00e0 ordures pour y vider le contenu du seau. Elle s\u2019avan\u00e7a donc d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9 vers la lisi\u00e8re des pins.<\/p>\n<p style=\"margin-top: 30px;\">De loin, alors qu\u2019elle marchait, une tache longue et blafarde attira son attention. Milie ne pensait \u00e0 rien de sinistre, \u00e9videmment non, elle \u00e9tait simplement intrigu\u00e9e par la couleur ivoire de cette forme enfouie dans la fosse qui \u00e9chappait \u00e0 sa d\u00e9finition. Parvenue au voisinage du trou, une certaine confusion la gagna : la flaque \u00e9tait devenue portion de bras humain, et \u00e0 en poursuivre la longueur, elle \u00e9tait sur le point de d\u00e9couvrir une main recroquevill\u00e9e au bout d\u2019un poignet lac\u00e9r\u00e9, et quand ce moment arriva l\u2019affreuse \u00e9vidence occupa tout son esprit. Elle se retourna vers le sous-bois pour y chercher de l\u2019aide. Il n\u2019y avait personne. D\u00e9sempar\u00e9e elle entreprit de contourner la fosse, portant toujours le seau dont elle ne sentait plus le poids, et rencontra le profil du visage encadr\u00e9 de neige craquel\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait celui d\u2019une jeune fille. Elle voulut crier. Sa bouche s\u2019ouvrit mais aucun son ne franchit le seuil de sa gorge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement elle cria.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une vol\u00e9e d\u2019oiseaux de taillis, effray\u00e9s par la violence du son, traversa la clairi\u00e8re et fila en direction du fleuve.<\/p>\n<p style=\"margin-top: 40px;\">\n<p style=\"text-align: right;\"><em>fragment de<\/em><em><strong> <a href=\"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/bibliographie\/romans-recits\/creatures-du-fleuve\/\" target=\"_blank\">Cr\u00e9atures du Fleuve<\/a><\/strong>, roman, \u00e9ditions AEDIS, 2004 &#8211; FR \u00a9<a href=\"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/bibliographie\/creatures-du-fleuve\" target=\"_blank\"><br \/>\n<\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0px;\">\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/bibliographie\/creatures-du-fleuve\" target=\"_blank\"><em> <\/em><\/a><em>La fille du marais<\/em>, huile sur toile de <a href=\"http:\/\/plumerandfpeintures.blogspot.com\/\" target=\"_blank\"><strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Plumerand<\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certains moments demeurent dans la m\u00e9moire des hommes \u00e0 cause de la douleur ou de la beaut\u00e9, ils deviennent \u00e9v\u00e9nements puis rep\u00e8res \u00e0 mesure des ann\u00e9es qui s\u2019accumulent \u00e0 leur suite. 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