{"id":127,"date":"2011-02-10T15:09:16","date_gmt":"2011-02-10T14:09:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/?p=127"},"modified":"2013-05-14T11:18:08","modified_gmt":"2013-05-14T10:18:08","slug":"corps-sous-un-linge","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/2011\/02\/corps-sous-un-linge\/","title":{"rendered":"corps sous un linge"},"content":{"rendered":"<p style=\"margin-top: 20px;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2627\" style=\"border: 2px solid black;\" title=\"mauric2\" src=\"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/mauric2.jpg\" alt=\"\" width=\"365\" height=\"486\" srcset=\"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/mauric2.jpg 768w, http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/mauric2-225x300.jpg 225w\" sizes=\"(max-width: 365px) 100vw, 365px\" \/><\/p>\n<p style=\"margin-top: 10px;\">Une multitude d&rsquo;hommes et de femmes en habits traditionnels d\u00e9ambulent ou circulent en v\u00e9lo scooter charrette rickshaw voiture autocar au gr\u00e9 d\u2019une chauss\u00e9e passablement d\u00e9fonc\u00e9e, par cons\u00e9quent il y a beaucoup de bruit et de poussi\u00e8re. Des \u00e9choppes d\u00e9bordent de marchandises au pied d\u2019immeubles brinquebalants. Des t\u00eates de b\u00e9tail ruminent au hasard des ordures. Un chahut prodigieux bien plus conforme \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;elle se faisait de l\u2019Inde avant d&rsquo;y mettre les pieds.<br \/>\nEt avec \u00e7a, le soleil rivant son \u0153il jaune au ras de la terre alors que se profilent au loin les murailles du Fort Rouge.<\/p>\n<p style=\"margin-top: 20px;\">Le rickshaw progresse au ralenti.<br \/>\nElle remarque une forme humaine allong\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9troit terre-plein central au beau milieu de l&#8217;embouteillage. Un linge pouilleux la recouvre et les pieds qui en d\u00e9passent pr\u00e9sentent des plaies purulentes.<br \/>\nPas vraiment un endroit pour dormir, pense-t-elle. Sans doute un infirme ou un malade qui n&rsquo;a plus la force de se d\u00e9placer.<br \/>\nLa ronde des mouches et les \u0153illets jet\u00e9s par-dessus le linge auraient d\u00fb l&rsquo;alerter. Dans l\u2019instant o\u00f9 elle comprend que ce corps sera bient\u00f4t hiss\u00e9 sur une charrette pour \u00eatre br\u00fbl\u00e9, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve un coassement d\u2019oiseaux au-dessus des palais rouges.<br \/>\nIci personne ne fait cas d\u2019un cadavre oubli\u00e9 sur le trottoir. Un spectacle habituel que ce passage de la vie \u00e0 la mort. Et il y a toujours un passant pour couvrir la d\u00e9pouille de fleurs.<!--more--><\/p>\n<p style=\"margin-top: 20px;\">Face \u00e0 la sc\u00e8ne, Jo voudrait montrer de l\u2019affliction mais il s&rsquo;y prend mal. Il relate certains \u00e9pisodes de famine dont il en avait eu vent lors de son passage en Rajasthan : les animaux mouraient en nombre, les hommes aussi, ils tombaient n&rsquo;importe o\u00f9 comme des mouches. Mais les mots qu\u2019il prononce d\u00e9notent trop d&rsquo;assurance. Elle s\u2019attendait \u00e0 un ton plus recueilli, une certaine forme de silence.<\/p>\n<p style=\"margin-top: 10px;\">Jo est comme \u00e7a, toujours d&rsquo;aplomb, tenant les r\u00eanes ferme et court. Bien s\u00fbr qu&rsquo;il est touch\u00e9 par la nature de ce pays, par la souffrance des gens, mais il refuse de se l\u2019avouer et se montre quelquefois d\u00e9daigneux. Une \u00e9vidence qui maintenant la frappe et la blesse alors qu&rsquo;ils cheminent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te depuis vingt ans.<br \/>\nEn fait \u00e7a ne vient pas de lui \u2014 il n&rsquo;a pas chang\u00e9 radicalement de mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre ou de faire, il est comme il a toujours \u00e9t\u00e9 \u2014, par cons\u00e9quent \u00e7a vient d&rsquo;elle, enti\u00e8rement d&rsquo;elle : quelque chose \u00e0 laquelle elle ne peut plus r\u00e9soudre. L&rsquo;\u00e9quilibre dans lequel ils respiraient l&rsquo;un pr\u00e8s de l&rsquo;autre depuis des ann\u00e9es s&rsquo;est rompu, et \u00e7a, depuis que le serveur est entr\u00e9 dans la chambre du York le premier matin.<\/p>\n<p>Jo n&rsquo;est pas indiff\u00e9rent \u00e0 la mis\u00e8re, c&rsquo;est l&rsquo;Inde qui est un v\u00e9ritable ab\u00eeme d&rsquo;indiff\u00e9rence. L&rsquo;Inde traque les sentiments enfouis depuis l&rsquo;origine, loin dans la chair, tress\u00e9s aux \u00e9v\u00e9nements les plus anodins, et les exhume bouillants, pareils \u00e0 des visc\u00e8res \u2014 ce \u00e0 quoi Jo r\u00e9siste alors qu&rsquo;elle est en train d\u2019y c\u00e9der<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"margin-top: 30px;\">\n<p style=\"text-align: right;\"><em>extrait du roman <a href=\"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/bibliographie\/romans-recits\/lautre-versant-du-monde\/\" target=\"_blank\"><strong>L&rsquo;Autre Versant du monde<\/strong><\/a>, CLC \u00e9ditions, 2010<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Photographie : <\/em>\u00c0 Mandawa (Rajasthan) de <em>Bernard Mauric<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une multitude d&rsquo;hommes et de femmes en habits traditionnels d\u00e9ambulent ou circulent en v\u00e9lo scooter charrette rickshaw voiture autocar au gr\u00e9 d\u2019une chauss\u00e9e passablement d\u00e9fonc\u00e9e, par cons\u00e9quent il y a beaucoup de bruit et de poussi\u00e8re. 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