{"id":1023,"date":"2021-07-09T17:09:00","date_gmt":"2021-07-09T16:09:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/?p=1023"},"modified":"2021-07-27T15:14:10","modified_gmt":"2021-07-27T14:14:10","slug":"marcher","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/2021\/07\/marcher\/","title":{"rendered":"marcher, nous avons oubli\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"http:\/\/marc.dantan.free.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"752\" height=\"500\" src=\"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/marcher.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1024\" title=\"marcher\" srcset=\"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/marcher.jpg 752w, http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/marcher-300x199.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 752px) 100vw, 752px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Nous sommes l\u00e0, occupant les villes et les villages de la terre. Le soir il y a des lampadaires qui \u00e9clairent les rues. Le jour, rien que la lumi\u00e8re naturelle, tr\u00e9pidante ou terne selon la quantit\u00e9 de nuages qui s\u2019en viennent du c\u0153ur de l\u2019oc\u00e9an et partent \u00e0 l\u2019assaut des continents.<br \/>Nous sommes l\u00e0. Nous vivons, nous marchons.<br \/>Ou plut\u00f4t nous courons, empruntons des escaliers et des tapis roulants, grimpons dans des voitures. Au fond nous ne marchons plus gu\u00e8re, nous sommes press\u00e9s. Certains fl\u00e2nent devant les vitrines des boutiques, tournent en rond comme des b\u00eates en cage. D\u2019autres choisissent de gagner la campagne ou la montagne, par petits groupes \u2014 ils appellent \u00e7a randonner. En v\u00e9rit\u00e9 nous ne marchons plus. Ou si peu. Nous ne savons plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcher sans but.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcher jusqu\u2019aux fronti\u00e8res du pays, laissant derri\u00e8re soi les villages de notre naissance sans jamais savoir si la direction est bonne ou mauvaise. Apr\u00e8s tout peu importe o\u00f9 l\u2019on va, l\u2019essentiel reste de marcher jusqu\u2019aux fronti\u00e8res de la faim et de l\u2019\u00e9puisement pour se perdre et puis se retrouver au bout du compte.<br \/>Marcher jusqu\u2019\u00e0 rejoindre l\u2019autre bord du d\u00e9sert, traverser des villes \u00e9tranges et c\u00f4toyer des fleuves.<br \/>Ces fleuves irriguent des plaines immenses et baignent plusieurs provinces. Ils portent en leur cours une odeur de vase et de roseau, une odeur de reptile, une odeur de buffle courtis\u00e9 par des petits oiseaux. Ils portent une odeur de neige \u00e9ternelle et de sommets inaccessibles. Et il nous faudrait les suivre pour nous perdre, pour rallier \u2014 un jour sans doute \u2014 cette fronti\u00e8re o\u00f9 ils se diluent dans la mer avec tous les poissons, les algues, les limons, alors que plus personne ne sait d\u2019o\u00f9 ils sont venus ni combien de temps ils ont couru ainsi pour nous accompagner, nous gens de la terre, nomades et paysans.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">C\u2019est vrai qu\u2019avant nous marchions davantage.<br \/>Nous dansions m\u00eame, v\u00eatus de beaux habits, coiff\u00e9s de frais. Nous partions en promenade. Les jardins \u00e9taient propices \u00e0 la fl\u00e2nerie, \u00e0 la causerie, au badinage. Les amoureux se fr\u00e9quentaient longtemps.<br \/>Bien avant encore, nous marchions chaque jour en compagnie des troupeaux \u2014brebis, ch\u00e8vres et yaks. Nous qu\u00eations les meilleurs p\u00e2turages, les vall\u00e9es prot\u00e9g\u00e9es des vents pour y installer nos campements. Nous vivions dans l\u2019errance.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons oubli\u00e9.<br \/>Et maintenant nous sommes l\u00e0, occupant des petites villes de la terre, avec au ventre une faim immense.<br \/>Une faim d\u2019odeurs et de paysages.<br \/>Nous ne voyons plus les horizons \u00e0 cause des nouvelles constructions, nous ne voyons plus les cieux s\u2019\u00e9claircir apr\u00e8s l\u2019orage, nous ne voyons plus les cr\u00e9puscules. Pourtant des paysages nous sont rest\u00e9s comme greff\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la t\u00eate et ne nous quittent jamais. S\u00fbrement eux qui nous conduisent vers le bord de la mer&nbsp; certains dimanches d\u2019hiver o\u00f9 il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 faire que de passer le temps. En ces bordures entre mer et terre, nous marchons. Le monde para\u00eet si vaste. Nous marchons jusqu\u2019\u00e0 nous \u00e9tourdir en compagnie de chiens et d\u2019enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Vents forts. Senteurs d\u2019algue et de sel revigorant l\u2019espoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">FR \u00a9<br \/><em>Photographie&nbsp;: <a href=\"http:\/\/marc.dantan.free.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Marc Dantan<\/a>, 2008<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes l\u00e0, occupant les villes et les villages de la terre. Le soir il y a des lampadaires qui \u00e9clairent les rues. Le jour, rien que la lumi\u00e8re naturelle, tr\u00e9pidante ou terne selon la quantit\u00e9 de nuages qui s\u2019en viennent du c\u0153ur de l\u2019oc\u00e9an et partent \u00e0 l\u2019assaut des continents.Nous sommes l\u00e0. Nous vivons, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1024,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,84,78],"tags":[129,412,130,131],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1023"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1023"}],"version-history":[{"count":30,"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1023\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7120,"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1023\/revisions\/7120"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1024"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1023"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1023"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.francoiserenaud.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1023"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}