entre bras (2)

Maintenant qu’ils se sont retrouvés, ils parlent, se demandent ce qui du temps ou de la nature des personnes a causé le plus de dégâts.
Elle dit que c’est la même chose dans toutes les familles. Les mots non prononcés, les sentiments non exprimés s’entassent dans nos obscurités comme les sédiments par-dessus le sable et les coquillages de la mer. Des événements anodins suffisent à les revigorer — simples prétextes — et avec eux, la douleur qu’on croyait évanouie.
Elle ajoute : Même si la vase se dépose au fond du lit, elle continue à troubler l’eau.

Il hoche la tête.
Il n’a pas l’habitude de voir les choses de cette façon. Il voudrait croire que le conflit qui les concerne aujourd’hui et qui, d’une certaine manière, les a rapprochés, est lié à des circonstances malheureuses et que les torts sont partagés.
– Les torts ! (elle s’exclame) De mon côté, je n’ai rien fait de reprochable. J’ai l’esprit clair et je n’ai pas de colère… J’attendrai le temps qu’il faudra.

Lui n’a jamais aimé remuer la vase, elle le sait. Il s’est d’ailleurs modelé un corps capable d’onduler entre algues et détritus sans jamais heurter le fond. Et tant que ça tient il continue, quitte à tomber un jour sur un os, un mur, n’importe. Oui, c’est dans sa nature de ménager la chèvre et le chou — car s’accorder à la personne qui partage sa vie le préoccupe, s’opposer serait au-delà de ses forces. Donc il a toujours opté pour la tranquillité au détriment d’une certaine vérité  et c’est une chose qu’elle peut comprendre.
– Mon ami, mon frère, il est seulement question de vivre. De vivre dans la clarté, en accord avec nos convictions profondes. Rien de grave dans tout ça.

Elle ajoute : À chaque instant, nous avons le choix, n’est-ce pas ?

FR ©, 2011- inspiré par  la photographie de Joëlle Colomar © : ‘Vaseuse’