chaussée noire de pluie (2/5)

feuilleton en 5 épisodes illustrés par 5 stations photographiques de Joëlle Colomar

Une femme âgée ouvre la porte.
– Madame H., c’est vous ?
Elle fait oui de la tête tout en posant une main sur sa poitrine.
– Qu’est-ce qui passe ? C’est mon fils Alex ?
– Non, répond l’un des policiers. C’est votre belle-fille… il est arrivé quelque chose.
Elle s’effondre. Elle dit qu’elle aime Éva autant que ses propres enfants. Gaie, vivante. Tellement belle avec ça.
– On l’a tuée, n’est ce pas ?
Elle le sent, elle le sait. Le policier ne répond rien. Madame H. hurle. Tout de suite après, elle se reprend et compose le numéro de portable d’Alex, mari d’Éva. Il roule en voiture quelque part dans la ville. Il dit qu’il sera là dans un quart d’heure.

La quarantaine, complet veston, bien peigné. Aucun sentiment ne paraît sur son visage. Il parle en baissant les yeux, affirme qu’elle et lui ne partageaient plus rien depuis quatre ans. Elle vivait dans sa propre chambre et lui dans la sienne. Des choses qui arrivent —  que personne ne soupçonne.
– Mais il faut que je vous dise…
– Oui, dit le policier.
– Elle était un peu, comment dire ? Elle était… dérangée. Elle draguait des hommes dans des bars, n’importe lesquels pourvu qu’ils veuillent bien d’elle.
Sa voix a hésité, produisant une suite de sons étouffés, pourtant le ton est resté crédible jusqu’au bout. Après, le silence.
Mère et fils tournent la tête dans la même direction, regardent par la fenêtre les palmiers qui se tordent dans la nuit.

Dans la chambre d’Éva, les enquêteurs trouvent un carnet de rendez-vous avec des noms et des adresses, ce qui vient confirmer les dires d’Alex.

Texte : FR ©, décembre 2010
Photographie : Tourmente, de Joëlle Colomar