les musicales
Ce blog est né il y a tout juste un an.
Écrire réclame toujours plus, un engagement à chaque respiration. Et chaque fois la même question : quoi entreprendre ?
Ne pas réfléchir – enfin, c’est ce que je me dis.
Éviter d’aller au-delà de l’instant, de ce qui s’ébranle à l’intérieur du corps et de la gorge. Puiser dans la matière qui remue dans le ventre, innocente, et puis la déposer tel le drap blanc sur le pré.
Ne pas chercher à l’enjoliver — se taper sur les doigts quand la tentation vient — et dérouler le récit avec simplicité.
Car c’est naturellement que le chemin conduit vers ce village perdu tout au bout du pays, vers cette bergerie délabrée ou ce verger abandonné avant de se disperser à flanc de montagne, talus bientôt changés en bosquets, en forêts. Ci et là des friches propices à la bruyère, des clairières, des zones abritées au pied de murets à moitié éboulés – on s’arrête à leur flanc pour se reposer. Des fragments de paysages jamais imaginés paraissent entre les branches. Surviennent des crépuscules tranquilles ou teintés d’ouragan.
Après, la nuit.
Tenter de voir,
de tout saisir.
Tout, je veux dire chaque élément de ce pays qui brûle — bien réel autour de soi —, l’installer tel qu’il se présente comme s’il était question de composer un tableau. Terre, graminées, arbres, sentiers, minéral, nuages. Éléments aussi subtils que le vent, les parfums, les froissements.
Et puis les bâtiments, les animaux et les hommes qui les mènent, d’autres encore dans leur tenue de tous les jours, indifférents, effrontés ou mal à l’aise. On les connaît, on les a croisés, voire fréquentés, même si leurs visages sur l’instant ne révèlent pas de noms. Et quand il s’agit d’une histoire d’intérieur, il faut installer la table, le lit, le pot de fleurs, les rayonnages de livres à leur juste place, ordonner chaque objet dans la chambre où il n’y avait au commencement que les murs blancs.
Autour, le jardin.
Alors s’ébauche le texte dans cette lumière primitive qui étreint l’espace à certaines heures et inspire.
Se souvenir. Oui, mais pas trop.
Les événements doivent être oubliés avant de délivrer leur substance, comme passés dans le sang.
Ne pas manquer d’audace, en même temps ne rien forcer.
Si la lumière s’invente de toutes parts, elle se disperse aussi vite et les forces s’épuisent. Parfois — et même souvent — surgit le doute, on craint de s’être trompé sur le sujet ou la forme, voire les deux.
Alors tout effacer d’un revers de manche,
ne pas réfléchir,
ne pas aller au-delà de ce qui réside dans le présent et poursuivre l’effort jusqu’à pénétrer ces territoires — à l’intérieur de soi — que nul jamais n’a foulés. Il n’est pas d’autre méthode.
‘Les Musicales’, Martine Trouïs, huile sur toile
Tags: à propos d'écriture, chemin, création, lumière, voir











25. juillet 2011 at 10:47
Un texte vivant qui vient se poser directement sur mon épaule pour me souffler ces mots… Superbe !
25. juillet 2011 at 14:05
Un très beau texte pour un bel anniversaire ! Bravo Françoise !
25. juillet 2011 at 15:07
bon anniversaire le blog!
soufflons la première bougie…
25. juillet 2011 at 15:27
Superbe anniversaire !
Meilleurs voeux de longévité !
25. juillet 2011 at 16:03
Tout semble si difficile et si simple, si abrupt et si délicat… Les lignes épurées de la toile et du texte se mêlent pour notre plus grand bonheur. Bon anniversaire à toi blog , que ta vie soit belle et riche d’évènements. Joëlle
25. juillet 2011 at 17:55
très bon anniversaire, à très vite
25. juillet 2011 at 18:41
Bon vent au Blog de l’aride aventure de l’écriture.
« Au bout du bras du fleuve il y a la main de sable qui écrit tout ce qui passe par le fleuve. »
René Char
25. juillet 2011 at 20:01
Ces territoires — à l’intérieur de soi — que nul jamais n’a foulés
A chaque instant
choisir de les explorer
nous est offert
Alors marcher…
curieux
alerte
courageux
désemparé
rieur
Découvrir l’immensité
nouvelle
familière
Se savoir perdu
En jouir !
Laisser s’apaiser le cheval sauvage
porter le regard au loin
Ne pas réfléchir
Laisser
Sentir, vibrer
voir naître l’élan
l’éveil
Laisser
Douleur
douceur
extase
Laisser
se savoir vécu par la vie
enfin
Laisser
encore et encore
25. juillet 2011 at 20:42
Ce à quoi je rajoute : longue vie à ce blog ! et pleins d’expériences d’écriture, de peintures, d’objets, et de sentiments. On continue.
P.
25. juillet 2011 at 21:13
Très belle vie à ton blog Françoise, et continue longtemps sur le chemin de l’écriture.
Bises
25. juillet 2011 at 22:25
Un an, c’était hier
Pourtant j’ai l’impression que ton blog a toujours existé habitué à lui rendre visite à l’improviste comme à un ami cher.
Textes photographies, toiles, gravures se mêlent et s’entremêlent pour notre plus grand plaisir
Sens en alerte, âme qui s’ébranle et s’émerveille, un lieu où il fait bon flâner
Merci chère Françoise de nous donner du bonheur, longue vie à ton blog
26. juillet 2011 at 15:11
bon anniversaire et « beaucoup beaucoup d’années encore » comme on dit en russe pour les anniversaires: bravo pour ce nouveau texte Françoise
26. juillet 2011 at 19:17
Tout a été dit. Rien à rajouter. Juste répéter « Bon anniversaire ». Bisous.
27. juillet 2011 at 07:41
ma chère Françoise,
Bon anniversaire à ton blog si vivant et toujours renouvelé.
« Et voici la lumière !
c’est le soleil qui naît
dans la paume du jour
Encore un jour à vivre
respirer écouter sentir
et puis se souvenir
Essuyer une larme
ébaucher un sourire pour répondre à l’enfant
se dire qu’il est l’heure
de faire mille choses
que ce temps à rêver
ne reviendra jamais
mais garder dans le cœur
dans les yeux
dans la tête
- comme dans un coffret les joyaux les plus beaux -
la lumière du jour
le rire de l’enfant
et le frémissement
du duvet de l’oiseau
là-bas sur la fenêtre
Encore un jour à vivre ! »
Jocelyne Guaraldo, in recueil de poèmes « au bord du temps«
27. juillet 2011 at 10:24
Toutes vos réactions sont lumineuses, je les reçois chacune comme un cadeau.
Elles contribuent à me porter vers l’avant et stimule mon désir de poursuivre ce chemin hasardeux, entre récifs et haute mer.