entre bras (1)

Ils s’embrassent longuement, je veux dire qu’ils restent dans les bras l’un de l’autre, longtemps. Ils ne disent rien. Ils goûtent le contact, c’est tout. Rien que le contact.
Et ça bouscule, ça déménage à l’intérieur — frissons et larmes au bord des yeux.

C’est que la vie les a séparés après qu’ils ont partagé le temps de l’enfance : un terroir, des parents, des joies et des deuils. Un mariage pour lui, des études dans une autre province pour elle, leur lien vaguement maintenu au gré des occasions, fêtes de Noël et encore, carte de vœux ou cadeau délivrés à point nommé par la poste. Ils pensaient que c’était ça, être de la même fratrie, que c’était suffisant pour conduire l’histoire jusqu’à la fin. Mais l’intime de la vie réclame du beau fil, de l’habileté et de la patience pour constituer une trame solide.
Un accident les a soudainement rapprochés — le père avait de l’âge. Oui, peut-être. Ou alors un autre événement, d’une nature apparemment moins tragique, pourtant capable de creuser dans des plaies — silencieuses jusque là —, une jalousie larvée chez l’un de ceux qui les côtoient. Ça aurait pu passer inaperçu, se dissoudre comme un nuage dans le ciel. Mais non. Cette fois c’est vraiment douloureux. Pour ça qu’ils ont décidé de se revoir.

Ils s’embrassent . Ils ne savent plus très bien où ils en sont.
Avant de remonter le fil complexe de leurs affaires, ils puisent dans cet état la certitude d’un lien indéfectible.

FR ©, 2011- d’après la photographie de Joëlle Colomar : ‘Né sous X’

3 réflexions au sujet de « entre bras (1) »

  1. Ah! là Françoise, tu touches à un de mes points sensibles; je t’en parlerai plus longuement au téléphone

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