chaussée noire de pluie (1/5)

feuilleton en 5 épisodes  illustrés par 5 stations photographiques de Joëlle Colomar

Une femme est accoudée au comptoir.
Le barman lui parle, se dit prêt à modifier ses plans pour la soirée si elle veut bien l’attendre. Fin de son service dans une heure. Il tente sa chance parce qu’elle lui plaît — une chose qu’il a envie de faire depuis longtemps. Parce qu’elle vient souvent dans cet endroit, rarement seule. Mais elle dit que non. Un refus sans dédain, sans explications. D’ailleurs elle sort après avoir enfilé son manteau.
Grand fracas. Bruits de freins, dérapage.

Il pleut. La femme qui fumait tout à l’heure est allongée sur le bitume, robe enroulée autour des jambes.

Un homme sort de la voiture en criant. On l’a poussée sous mes roues, je n’ai rien pu faire, sa tête a dû heurter le pare-chocs. On voit un filet de sang couler à la lisière des cheveux.
Voilà qu’il pleurniche tandis qu’on appelle les secours.
Depuis le seuil du bar, le garçon observe le cou blanc de la femme pareil à celui d’un oiseau percuté dans la nuit. Somptueux. Il aurait pu l’embrasser en cet endroit précisément s’il avait su la convaincre. La vie, c’est comme ça. Un grain de sable dans l’engrenage, un simple frémissement de papillon, et tout s’en trouve changé.
Il pense à des îles couvertes de goémon, à une mer démontée courtisée d’oiseaux.

L’inspecteur qui fouillera le sac de la femme allongée, trouvera une collection de cartes de visite, celles des hommes qu’elle avait croisés, auxquels elle s’était donnée ou refusée.

Texte : FR ©, décembre 2010
Photographie : Insolite
, de Joëlle Colomar

11 réflexions au sujet de « chaussée noire de pluie (1/5) »

    1. une remarque qui me fait rire… c’est vrai que ça aurait été bien mais ça ne s’est passé comme ça… elle n’en a pas eu envie…
      la suite apportera d’autres éléments dans quelques jours….

    1. oui, ce sera un peu polar… à ma manière forcément ! de toute façon à suivre… c’est ça l’intérêt de ces formes feuilletons, et peut être que prise au jeu, j’écrirai un épisode 5, allez savoir !
      à tout bientôt
      f

  1. mais on n’avait pas dit que la femme accoudée au comptoir fumait, est-ce bien elle qui a été renversée ? A suivre avec passion …

  2. Beau texte, belle photo.Ce qui est drôle, c’est qu’au début, on regarde la photo. Ensuite, on lit le texte et on se dit: « Mais quel rapport avec la photo? ». Alors on revient à la photo, pris d’un doute. Et là, c’est comme si on était couché, comme Elle, face contre le bitume gorgé de pluie, à l’instant où la vie s’en va et où l’œil capte la dernière image…
    Elle avait fumé? Elle avait bu un dernier verre… Se sentait-elle condamnée? Un suicide, peut-être… A suivre, alors..

    1. A mon sens et à mon goût, d’une façon générale, l’image ne doit pas ‘illustrer’ un texte, mais lui donner une résonance supplémentaire, une profondeur inattendue… un exercice pas forcément facile. Et Joëlle Colomar a tout de suite recherché des images en rapport à l’émotion suscitée. Elle pourra peut être répondre sur le sujet… à suivre
      et j’espère que je serai à la hauteur ! (une inquiétude soudaine…)

  3. Françoise dit juste. Une photo qui « collerait » trop au texte rendrait l’ensemble banal. Pour répondre à sa demande de travail en commun,j’ai lu plusieurs fois le texte de Françoise. Certaines phrases ou mots m’ont plus particulièrement touchée. Ce sont ces émotions là que j’ai voulu exprimer au travers des différent clichés que vous verrez.Une de ces émotion m’a d’ailleurs été plus difficile à exprimer car elle n’existe pas dans les photos que je réalise.
    Bonne lecture à chacun de vous. Françoise a le don de nous tenir en haleine.Joëlle Colomar

  4. Très bonne idée ce feuilleton !! Il m’est d’avis que lecteur et l’écrivain vont se prendre au jeu… Envie de prolonger le plaisir au fil des épisodes…
    De plus, ce n’est pas un de ces feuilletons mielleux et pseudo romantique où tout le monde est très beau et très gentil… rien d’attendu, de la surprise de l’émotion et du piquant… une belle alliance texte- illustration qui nous plonge dans l’atmosphère… le brillant, le sombre, des lignes coupantes …la vie heureuse, fragile, qui bascule en un rien de temps…
    On en redemande!

  5. Rapport de police:
    « Le bonhomme il geint: « On l’a poussée sous mes roues! ». et une grosse femme en blanc qui me crie: « Oui Mr l’agent, c’est vrai. J’ai tout vu! Moi j’promenais Youkie, mon petit chihuahua. Oh il a disparu, lui aussi.

    Oui Mr l’agent, j’ai vu la fille; celle en noir. Celle qu’est par terre! Il y en avait une autre en rouge sombre peut-être en Bordeaux… Les deux filles–ah là j’en peux plus–enfin elles se disputaient. L’autre (la rouge) l’a traité de tous les noms! « S…e! Sale P…e! Petite pouf…e de maquerelle, etc… » J’ai honte à répéter.//

    La noire elle a réussi à se dégager puis à se débiner quand l’autre l’a poussée sous la bagnole! C’est un meurtre! Je le jure! Moi j’ai coursé la S….e, l’assassine quoi–ah non j’en peux plus, j’étouffe–mais c’est une jeune elle courait vite en chialant elle aussi. J’ai cru entendre « Mais qu’est-ce que j’ai fait? » Enfin quelque chose comme ça. Moi à mon âge, j’ai jamais pu la rattraper! Vous pensez, une jeune…//

    Et mon Youkie, mon Youkie où il est est? Ça c’est grave! Vite Mr l’agent, i’ faut le r’trouver! Il a eu si peur il fait sauver! »//

    « Ah bon maint’nant c’est elle qui se met à chialer! Vivement l’Inspecteur que j’rentre chez moi. »

    Le dimanche 5 déc. 20**. Pinot, agent de Police, 27° secteur.

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